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La rougeole est de retour, sur les ondes au moins

jeudi 13 septembre 2018 par Marc Girard

RÉSUMÉ – On reprend de façon synthétique l’essentiel de l’argumentation que j’avais développée voici plus de quatre ans à propos de la rougeole, au cours d’une confrontation télévisée avec un « expert » manifestement idiot de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : on constate que mon argumentation n’a pas pris une ride, mais qu’elle est toujours extrêmement minoritaire. On s’interroge alors sur le triomphalisme des autorités sanitaires et de leurs donneurs d’ordres, alors que l’indigence intellectuelle de leur discours promotionnel va de soi. Un bref inventaire des résistances à ce discours conduit à renouveler le constat que les réfutations échafaudées par les opposants ne valent pas mieux, la majorité d’entre eux se montrant tétanisés à l’idée de se voir traités « d’anti-vaccinalistes ». On conclut sur une interprétation politique de cette étrange pusillanimité.

Table des matières

  1. Introduction : une émission sur la rougeole
  2. Une épidémie ?
    • Un constat par procuration
    • Des témoins peu crédibles
  3. Questions d’arithmétique
    • Disproportion de souci et allocation de ressources
    • Rapport bénéfice/risque
  4. Conclusion : les modes opératoires du nouveau capitalisme

Introduction : une émission sur la rougeole

Une fois n’est plus coutume, par rapport au temps où mes ennemis préférés me décrivaient (non sans exagération) comme le « chouchou des médias » : fin août 2018 (le 22, de mémoire : il devait y avoir beaucoup d’absents en cette période de congés…), France 24 m’avait invité pour une émission consacrée à la rougeole. Quoique n’étant pas moi-même en vacances, je déclinai poliment, car j’ai viré ma cuti depuis l’époque où je me faisais un devoir civique de répondre à ce type de sollicitations [1], sachant de plus que je n’avais pas grand-chose à ajouter depuis ma dernière intervention, initialement datée de mai 2014, sur la même station et sur le même sujet : ce n’est pas ma faute si l’obtusion des anti-vaccinalistes permet aux autorités sanitaires d’en rester au même rabâchage idiot – et réciproquement.

Reste que l’élargissement des obligations vaccinales, pour prévisible et prévu qu’il fût, a suffisamment surpris certains de nos concitoyens [2] pour qu’on se prenne à espérer qu’une reformulation de la critique contribue à une conscientisation renouvelée des problèmes posés.

Dans la suite du présent article, on se concentrera sur la rougeole – un cas d’école, n’en déplaise aux « écologistes » comme Michèle Rivasi –, en partant de quelques arguments-clés mis en avant par le gouvernement ou par ses alliés objectifs (dont Michèle Rivasi) et complaisamment relayés par la plupart des médias… Avec l’excuse de la lassitude, on ne documentera pas systématiquement les références de la contre-argumentation qui suit, largement disponibles sur le présent site : à charge pour les lecteurs intéressés d’aller les rechercher et, pourquoi pas, d’en assurer la diffusion.

Une épidémie ?

Un constat par procuration

Les tartuffes du système peuvent maudire les « fake news » des autres tout en promouvant sans vergogne la novlangue du libéralisme, il n’empêche que si l’on en croit le Grand Robert, une épidémie implique :

« Apparition d’un grand nombre de cas (d’une maladie infectieuse transmissible), ou accroissement considérable du nombre des cas, dans une région donnée ou au sein d’une collectivité ».

« Un grand nombre de cas »…

De fait, il suffit de lire quelques témoignages historiques ou de regarder des reportages plus ou moins récents (sur la peste, le typhus, le choléra, etc.) pour vérifier qu’une épidémie, ça se voit : d’un jour à l’autre, on perd des proches ou ses amis, les cadavres s’accumulent dans l’espace public, les autorités sont débordées par le nombre de sépultures à assurer… Quoi de comparable avec la rougeole dans notre pays ? Qui a vu passer un cadavre, a fortiori des cadavres de rougeoleux ?

Aux dernières nouvelles et sauf erreur, on faisait état d’un total de trois morts pour la France depuis le début de l’année [3] : trois cas maximum, ça fait quand même peu – le moindre accident de voiture tant soit peu sérieux fait facilement plus grave chaque week-end [4]… Ceux qui restent impressionnés par des dénombrements aussi ridiculement dérisoires sont invités à se reporter, par comparaison, aux chiffres démentiels naguère fournis par les mêmes autorités et leurs meilleurs-experts pour justifier le risque « d’épidémies » telles que la grippe porcine ou l’hépatite B [5].

Des témoins peu crédibles

Dès lors qu’aucun Français n’a vu l’épidémie en question, force est de s’interroger sur la crédibilité des témoins qui prétendent avoir vu pour nous [6], au premier rang desquels l’Organisation Mondiale de la Santé qui s’est systématiquement – et lourdement – trompée sur les alertes épidémiques de ces dernières décennies : outre celles déjà mentionnées ci-dessus [7], faut-il rappeler la tragi-comique escroquerie de la grippe aviaire quand, au grand dam des têtards et grenouilles qui n’en menaient pas large, la maréchaussée se voyait dispensée – entre autres – de surveiller les frontières pour patrouiller en hélicoptère au-dessus du moindre plan d’eau – mares incluses – des campagnes françaises ?...

« Moi, M’sieur le Curé… » (cf. plus haut).

Je n’ignore pas que, nationales ou internationales, les autorités et organisations sanitaires sont gangrenées par leurs conflits d’intérêts, et pense même avoir une certaine antériorité dans la dénonciation du fait [8]. Mais de façon encore plus antérieure puisque documentable dès mon mémoire de thèse (1983) et continûment ensuite, je n’ai cessé de dénoncer l’incompétence vertigineuse de nos responsables sanitaires : il suffit de regarder la prestation de mon éminent contradicteur de l’OMS lors de mon dernier passage à France 24 pour trouver une illustration frappante de cette incompétence – pour ne pas dire de la bêtise épaisse qui prévaut dans certains milieux [9].

Cependant, s’attaquer sérieusement à ce problème de l’incompétence [10] imposerait, chez les critiques du système, de balayer devant leur propre porte et leur interdirait de se goberger avec les dénonciations faciles du « complot », du « crime contre l’humanité », des « millions de morts dus aux vaccins » et autres billevesées – dont l’indigence intellectuelle ne fait que renforcer la bonne conscience et la terrifiante efficacité de Buzyn et de ses complices [11], [12].

Maximiser les ventes au profit des actionnaires est un projet parfaitement compréhensible dans un monde gouverné par l’argent, dont les modalités n’ont nul besoin du moindre complot pour être appréhendées par quiconque a la moindre maîtrise des notions pourtant simples de bénéfice, de risque et de coût : mais il est facile de constater que, dans leur grande majorité, les promoteurs des médecines « alternatives » que sont les anti-vaccinalistes n’ont eux-mêmes que des idées extrêmement vagues sur ces notions pourtant basiques – d’où l’intérêt de noyer dans le « complot » et dans le « crime » les questions qui pourraient vite fâcher [13].

Questions d’arithmétique

Disproportion de souci et allocation de ressources

En théorie, on peut toujours soutenir qu’une mort due à la rougeole est une mort évitable, et ce ne sont pas les bouffons et autres Michel Cymes qui manqueront à l’appel pour jouer les pleureuses indignées. Reste que, comme chacun sait, le mieux est l’ennemi du bien et qu’on peine à prendre au sérieux ce type de déploration par comparaison avec d’autres morts au moins aussi évitables mais nettement plus nombreuses. Citons en vrac et sans aucun esprit d’exhaustivité : les accidents de la voie publique (plus de 3 000 par an), les infections nosocomiales (des dizaines de milliers), les morts par noyade (plus de 600 depuis le début de l’année) – pour ne point parler de celles dues à la malbouffe ou à la pollution… On finit par se dire qu’il y a quelque chose de suspect dans la disproportion de souci qui amène à surmédiatiser trois morts survenus généralement chez des sujets immunodéprimés très malades (généralement en sursis, voire déjà en phase terminale), par comparaison avec des morts innocentes nettement plus nombreuses (combien d’enfants noyés dans des piscines privées ou bêtement tués sur la route ?) : c’est un peu comme une mégère qui mégoterait le moindre centime d’euro sur la monnaie que lui rendent les commerçants, tout en laissant s’échapper les billets de 500 € de son cabas ouvert [14]. Mais nul besoin de « complot », là non plus, pour comprendre ces paradoxes qui renvoient aux notions classiques de perception du risque, d’allocation de ressources et, derechef, de compétence [15].

Rapport bénéfice/risque

N’en déplaise à ceux – anti-vaccinalistes inclus – qui croient aux médicaments [16], il est un fait que tous (incluant ceux qui sont notoirement inefficaces) ne sont que « des moyens lamentablement grossiers d’influer sur le fonctionnement d’une machine aussi complexe que le corps humain ». Il en résulte, selon la même citation, que « les risques médicamenteux sont inévitables ».

Il en résulte du même coup que lorsque le bénéfice attendu est infime (trois décès peut-être évitables pour un pays de 65 millions d’habitants), on doit prendre en considération la probabilité que les risques – « inévitables », eux – ne surpassent ce bénéfice infime. À ce stade de la démonstration, on ne parle même pas des effets indésirables propres au médicament administré, mais simplement des imprévus inhérents à toute activité humaine : erreur de fabrication, confusion entre deux produits, infection au site d’injection, réaction idiosyncrasique [17]. À la différence des bouffons qui ont consacré l’essentiel de leur jeunesse à organiser des partouzes d’internat, j’ai trente-cinq ans de recherche clinique derrière moi pour poser comme statistiquement impossible que quiconque – autorités sanitaires, fabricants, professionnels de santé – se porte garant d’une innocuité à une échelle aussi minuscule [18].

Et si maintenant, on se décide à évoquer les effets indésirables à proprement parler, il suffira de renvoyer chacun à sa propre expérience : qui a jamais pu faire admettre à son médecin qu’un vaccin pût avoir des effets indésirables ? Même à la louche, essayons de compter, sur la base d’un effectif de 220 000 médecins en France. Si chacun de ces praticiens fait, chaque année, l’impasse sur ne serait-ce qu’un effet indésirable (soit un total de 220 000 complications purement et simplement passées à la trappe par négligence, ignorance ou idéologie), qui croit sérieusement les autorités sanitaires quand elles accréditent qu’au total, ces complications ne peuvent de toute façon pas se solder par plus de trois décès par an (pour ne point parler de toutes celles susceptibles d’entraîner des désordres pas nécessairement fatals mais fort invalidants néanmoins) [19] ? On en revient à la mégère sur le marché qui fait un scandale pour un centime dont on l’aurait peut-être spoliée, quand son trajet est jonché de billets de 500 € auxquels elle n’a prêté aucune attention…

Question de logique

C’est là encore une question d’expérience, partageable même avec des profanes, que la recherche clinique n’est pas vraiment le domaine des prévisions fiables. Il n’est pas de semaine où l’on n’apprenne que tel traitement ou tel type de prise en charge pourtant fort classiques n’ont pas tenu leur promesse. La dernière information que j’ai vu passer ces jours concerne le bénéfice de doses minimes d’aspirine dans la prévention des accidents cardio-vasculaires, qu’on a tenues pour recommandables durant des décennies (des millions de gens absorbent pieusement leur sachet de Kardegic tous les matins) et dont le bénéfice commence d’être remis en cause. Il suffirait de se baisser pour multiplier les exemples, au point que l’un de nos chercheurs les plus respectés ne craint pas d’écrire (à juste raison, à mon avis) que « la plupart des résultats publiés sont faux » [20] – carrément…

L’analyse épistémologique de ce mystère pourrait nous entraîner loin (et passerait notamment par la question des « données molles », pour ne point parler des falsifications [21]), mais dans le marais d’incertitude où nous baignons quotidiennement [22], on oublie trop souvent la force probante d’une prédiction indésirable : tout simplement parce qu’elle finit par s’imposer au titre de confirmation expérimentale alors que personne n’avait le moindre intérêt à la promouvoir [23].

Or, et comme je l’ai déjà montré sur pièces, la rougeole offre ce cas d’école que dès l’apparition d’une vaccination contre cette maladie, la perspective d’une recrudescence des cas graves avait été dûment évoquée, alors qu’elle s’est effectivement concrétisée en pratique : naguère considérée comme « maladie bénigne de l’enfance », la rougeole frappe désormais les gens de plus en plus tard et de plus en plus sévèrement. Il sera toujours possible de ressasser sans l’ombre d’une preuve que cette étrange situation serait imputable à l’insuffisance du nombre de gens vaccinés : il n’empêche qu’à une époque – que les gens de mon âge ont bien connue – où personne n’était vacciné, la rougeole était une « maladie bénigne de l’enfance », ce qu’elle n’est clairement plus – ni en bénignité, ni en prédominance pédiatrique.

Cherchez l’erreur…

Conclusion : les modes opératoires du nouveau capitalisme

Jusqu’en 2009 inclus (époque de la « pandémie » H1N1), les autorités sanitaires nationales ou internationales se donnaient la peine d’alimenter l’anxiété du public en lui fournissant des chiffres certes complètement fantaisistes, mais alarmants néanmoins (alors que leur vérification n’était pas forcément à la portée de tous [24]). Ce devrait être un sujet de préoccupation pour tous les citoyens que, depuis lors, il n’est même plus considéré comme nécessaire d’affoler les foules avec des chiffres qui n’ont même pas le mérite d’une élémentaire cohérence : alors que Google News diffuse en boucle des histoires de crimes ou d’accidents impliquant au minimum des dizaines de victimes, il faudrait croire qu’un total de trois moribonds suffit à justifier que la Patrie soit en danger…

Que les autorités sanitaires à la solde des lobbies en soient arrivées à ce degré de cynisme et d’autoritarisme bête devrait conduire les citoyens à s’interroger sur le déterminisme à l’œuvre. À s’interroger, notamment, sur l’indigence des réfutations qui a fini par convaincre les prédateurs de la santé qu’ils pouvaient désormais y aller carrément, sans même éprouver le besoin de justifier tant soit peu rationnellement leur voracité. Car, en matière de réfutation, qu’avons-nous eu ?

  • Celle des anti-vaccinalistes assumés, vautrés dans leur incompétence et incapables de comprendre que la contre-médicalisation suffocante qu’ils promeuvent n’a rien à envier à celle qu’ils prétendent combattre.
  • Celle de professionnels probablement schizophrènes tels que certains médecins de PMI prétendument critiques, quand il est patent que la fonction (sinon la justification) centrale des PMI a toujours été de maximiser l’exposition des populations pédiatriques à toutes sortes de vaccinations, et pas seulement celles qui faisaient l’objet d’une obligation. La charité m’interdit de commenter l’opposition d’autres professionnels, tels que ceux regroupés au sein de l’AIMSIB, avec Irène Frachon et Philippe Even comme idoles…
  • Celle de ceux qui, tels Michèle Rivasi ou François Ruffin, se posent en opposant politiques déterminés alors qu’ils sont tétanisés à l’idée que l’on puisse les confondre avec des anti-vaccinalistes [25].

En un temps où les risques de l’engagement étaient autrement plus menaçants qu’aujourd’hui, les promoteurs de la liberté de pensée, de la laïcité et de la démocratie n’ont pas tremblé à l’idée de se voir traités d’impies ou de sacrilèges, de même que les premiers socialistes ou syndicalistes n’ont pas craint de se voir assimilés à des délinquants et, parfois, sévèrement condamnés. À supposer que la lutte des classes soit un concept désormais frappé d’obsolescence (comme le clament tant d’imbéciles avec la satisfaction bornée de ceux que soulage de n’avoir plus à s’interroger sur les déterminants de leurs souffrances et de leur aliénation), rien n’empêche de réfléchir avec un minimum de rigueur aux nouvelles modalités de l’exploitation de l’homme par l’homme. Or, si l’élargissement démentiel des obligations vaccinales (entre autres médicalisations) est devenu un mode opératoire préférentiel de la criminalité capitaliste contemporaine, qu’est-ce qui empêche de le dénoncer en tant que tel [26] – surtout quand on se prétend « de gauche » ?

Il fut un temps pas si lointain où la police et l’armée tiraient sur les grévistes et autres révoltés contre les abus du système : et, à une époque où c’est désormais la survie même de la planète que se voit menacée par les abus de ce même système, il faudrait admettre que la simple peur d’être traité d’anti-vaccinaliste suffit à décourager la protestation contre l’incommensurable cynisme des prédateurs qui n’ont même plus peur de s’en prendre directement à nos enfants ?

[1] C’est une ligne de frontière fort significative entre les anti-vaccinalistes et moi que, de ma vie, je n’ai jamais honoré avec le moindre plaisir de telles invitations, m’y rendant plutôt chaque fois à reculons…

[2] Je m’en rends compte aux messages alarmés que je reçois depuis.

[3] Sachant que l’origine rougeoleuse est toujours affirmée avant que les causes n’aient été sérieusement évaluées, de telle sorte qu’il s’agit d’estimations par excès.

[4] Je n’ignore pas qu’eu égard à la rigueur des dénombrements disponibles, on trouvera toujours des décodeurs pour arguer, avec le froncement de sourcils du professeur confronté à des cancres, que ce n’est pas de trois cas qu’il s’agit, mais de quatre ou cinq : mais quatre, cinq ou même cent, ça fait quand même étriqué pour évoquer – en boucle de surcroît – le spectre d’une « épidémie ».

[5] J’ai souvenir d’un 300 000 morts imputés sans rire à l’hépatite B par un journaliste : c’était évidemment ridicule (en gros un décès sur deux dû à l’hépatite B à l’échelle de notre pays…), mais au moins, ça faisait épidémique…

[6] « Moi, Monsieur le Curé, j’ai tout vu » s’exclame un vieux monsieur affublé d’énormes lunettes, en réponse à la question du brigadier en quête de témoins directs après un grave accident de la circulation.

[7] Cohen, D. and P. Carter. WHO and the pandemic flu "conspiracies". BMJ 2010 ; 340 : c2912.

[8] Médiatisée dès novembre 2002, à une époque où la Madone de Brest se faisait mousser de sa fugitive collaboration avec des organisations aussi soucieuses de transparence financière que Médecins sans frontières.

[9] J’ai un souvenir très présent du soupir d’accablement émis par le journaliste lorsque, la communication avec Genève étant arrivée à son terme, je me retrouvais avec lui hors micro : je n’avais jamais entendu une telle expression de consternation dans le contexte d’une interview…

[10] Qui dépasse largement la seule question des médicaments, pour s’inscrire comme l’un des « invariants » de l’époque.

[11] Qu’il suffise de se souvenir avec quel mépris malheureusement justifié Fischer a balayé comme indigents les échafaudages de l’association E3M sur l’aluminium.

[12] Reçue au moment même où s’écrivent ces lignes, une circulaire d’un groupuscule anti-vaccinaliste s’intitule « Quelqu’un essaie de cacher quelque chose » avant de pérorer, juste quelques lignes plus loin, à propos d’un reportage intitulé « La vérité sur les vaccins » et auquel les lecteurs sont renvoyés. En principe, l’intérêt de « cacher quelque chose », c’est d’empêcher, ou au moins de retarder la manifestation de « la vérité ». Sur ce paradoxe d’une « vérité » émergeant naturellement de la dissimulation, on voit parfaitement l’épistémologie du « complot » : s’il n’y a aucune preuve, c’est qu’elles ont été dissimulées, ce qui est bien la preuve de « la vérité ». Madame Buzyn, ses donneurs d’ordre et ses copains (je ne parle pas de son époux…) doivent trembler à l’idée d’être confrontés à des adversaires aussi rigoureux…

[13] Et quitte à continuer de balayer, on pourrait également confronter les anti-vaccinalistes à leurs propres conflits d’intérêts : à ce que j’en sais (et j’en sais pas mal sur le sujet), les pieux donateurs de leurs associations seraient sûrement surpris de la façon dont sont utilisées leurs contributions… Certes et n’en déplaise aux imbéciles de la Miviludes ou autres cafardeurs pince-sans-rire des « lobbies » anti-vaccinaux, les sommes en jeu sont évidemment sans commune mesure avec celles impliquées dans le business des vaccins, mais (surtout aux yeux d’un psychanalyste) il est utile de réfléchir aux dynamiques sous-jacentes à toutes ces formes de corruption morale : les ordures ou les traîtres, ce ne sont pas exclusivement les autres

[14] L’exemple n’est pas si fantasque qu’on pourrait le croire. Un de mes amis cuisinier s’était fait recruter comme chef sur un yacht en croisière : lors des escales durant lesquelles il allait faire les courses, la propriétaire refusait impitoyablement de lui rembourser les salades pour lesquelles il n’avait pas de ticket de caisse, alors que le budget carburant du bateau s’élevait chaque semaine à plusieurs centaines de milliers d’euros…

[15] Il faut avoir entendu des responsables de la pharmacovigilance française faire un foin sur une « poussée hypertensive » (150/100 mm Hg…) censément imputable à ces maudits vasoconstricteurs, quand on ne les a jamais entendus sur les Creutzfeldt-Jacob liés à une hormone de croissance abominablement frelatée.

[16] De façon éventuellement sélective : qui remarque que dans les polémiques actuelles sur Levothyrox ou sur Dépakine, les activistes ont tous leur alternative pharmacologique miracle (l’ancienne formule ou des produits concurrents) quand n’est jamais posée la question du nombre de « malades » – la grande majorité – qui n’auraient jamais dû recevoir de traitement ?

[17] C’est-à-dire propre à un individu donné et, à ce titre, indétectable au cours du développement clinique.

[18] Quand, sur des questions aussi mécaniques que l’imposition des salaires, les erreurs de l’informatique officielle se soldent par centaines de milliers (de l’aveu même du ministère des finances), qui peut créditer les autorités de la moindre crédibilité concernant des dénombrements infiniment plus fins et plus complexes ?

[19] Sachant de plus que, en ce domaine, la sous-notification des professionnels aux autorités est notoirement massive.

[20] Ioannidis, J. P. A. Why Most Published Research Findings Are False. PLos Medicine 2005 ; 2(8) : 0696-0701

[21] Ayant rédigé quelques centaines de rapports d’étude dans ma carrière, j’ai quelques idées sur la façon dont l’évidence des résultats peut être occultée (même si, cela va de soi, je ne me suis jamais adonné personnellement à ce type de manipulations).

[22] N’en déplaise à tous ces cons – de l’administration notamment – qui confondent sincèrement evidence-based medicine avec « essai randomisé en double aveugle »…

[23] Ainsi du fait narcissiquement blessant que les accouchements réalisés à l’hôpital se soldaient, naguère, par une mortalité sans commune mesure avec celle des accouchements se déroulant à domicile…

[24] Une part de mon travail d’expert judiciaire a consisté à réfuter les chiffres des autorités concernant le nombre d’hépatites B dans notre pays, dont tout le monde semble avoir oublié la sidérante démesure et à propos desquels le REVAHB a préféré s’en remettre aux estimations des « experts » de l’administration…

[25] Il est assez intéressant de constater que même les anti-vaccinalistes les plus militants craignent d’être assimilés à des anti-vaccinalistes : amusez-vous à dire à un responsable de la LNPLV (la plus important ligue anti-vaccinaliste dans notre pays) qu’il est "anti-vaccinaliste" : vous allez récolter un froncement de sourcils contrarié associé à la réfutation "je ne suis PAS anti-vaccinaliste, mais simplement pour la liberté des vaccinations". D’où la confirmation de mon propos précédent que les "anti-vaccinalistes" n’ont aucune alternative sérieuse à la médicalisation qu’ils prétendent combattre. J’ai déjà eu l’occasion d’aborder ces pseudo-paradoxes, et ne manquerai pas d’y revenir à la première occasion.

[26] À toutes fins utiles, je rappelle que, durant longtemps, j’ai été consultant fort honoré (socialement et financièrement) chez les principaux fabricants de vaccins : cela n’a pas altéré ma liberté de parole (et cette trajectoire a même justifié une émission entière de Là-bas si j’y suis, où mon interviewer ne fut autre qu’un certain... François Ruffin, de la même façon que mon intervention peu oecuménique au Parlement européen, consacrée aux tares de l’expertise européenne, s’était faite, en 2010, à l’invitation d’une certaine Michèle Rivasi...). Comme rien du présent site ne laisse penser que j’aurais pu renier quoi que ce soit de mes engagements (et que je crois, par ailleurs, être extrêmement fidèle dans mes amitiés), je ne pense pas que le vrai problème tienne à mes inconsistances idéologiques. Mais comme je le remarquais lors de cette réunion de 2010 : "partout ou je vais, j’aime à me faire des amis". Ruffin et Rivasi en sont une nouvelle preuve...


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