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J’arrête la pilule et de faire la fière…

mercredi 21 février 2018 par Marc Girard

RÉSUMÉ - Je raconte l’histoire d’une interview consacrée aux inconvénients de la contraception orale, qui a connu exactement le même sort qu’une interview précédente également consacrée aux inconvénients de la contraception orale : la corbeille à papier de celles qui les avaient réclamées... Et comme je n’ai pas l’impression d’avoir jamais péché par excès de "déni" ou d’"omerta" concernant ce sujet, j’essaie de comprendre ce qui, dans mes écrits consacrés à la brutalisation du corps féminin, peut indisposer des femmes qui se targuent aussi de dénoncer cette brutalisation : d’où une bonne pinte de rire puisqu’elles s’avèrent résolument incapables de penser la moindre autonomie à ce sujet, se contentant de fantasmer que la médecine soit techniquement plus "douce" sans jamais s’interroger sur l’aliénation inhérente… J’en conclus que le principal risque des péroraisons consacrées à la sexualité, c’est de se déculotter l’inconscient sans même s’en rendre compte. Je rappelle que les féministes ne sont pas, historiquement, les premières à tomber dans le piège de cet exhibitionnisme involontaire : elles ont été largement précédées par d’autres contributeurs qui n’ont jamais revendiqué le moindre féminisme – clercs et médecins en particulier.

La violence des réactions immédiatement suscitées par la première mise en ligne m’a conduit, également sans tarder, à un premier post-scriptum.

Table des matières

  1. Introduction : encore une interview ratée...
  2. L’interview rebutée
  3. Apparentement terrible
  4. Questions de méthode
  5. Questions de fond
  6. Récapitulatif
  7. Conclusion
  8. Post-scriptum

Introduction : encore une interview ratée…

Le vendredi 22/09/17 (la chronologie a une importance…), au terme d’une matinée de travail harassante commencée vers 2h00 du matin dans le cadre d’une mission médico-légale complexe, je reçois l’appel d’une journaliste de Top Santé qui sollicite une interview sur les inconvénients de la contraception orale. Fidèle à une position dictée par l’expérience, je lui réponds aimablement que cela ne me pose aucun problème mais que, doté d’une certaine méfiance à l’endroit des retranscriptions (surtout sur des sujets aussi idéologiquement connotés), je préférerais qu’elle m’adresse par écrit ses questions, auxquelles je me ferai un devoir de répondre par écrit dans les limites de volume qu’elle aura bien voulu me fixer, en réclamant in fine un droit de regard sur les propos qu’elle me prêtera ensuite – selon une déontologie d’interview qui me paraît élémentaire (quoiqu’elle soit manifestement très étrangère aux journalistes français).

Seule difficulté évoquée par mon interlocutrice : elle n’a eu connaissance de mes coordonnées que tardivement et quasiment par hasard (ce qui est toujours flatteur s’agissant d’un sujet sur lequel on fantasme avoir une certaine compétence…), de telle sorte que, son reportage étant quasiment bouclé, sa rédaction réclame ma contribution avant le samedi soir.

Il en faut plus pour m’effrayer sur un sujet que j’ai la prétention de connaître assez bien, et nous convenons qu’elle va m’adresser sa liste de questions – laquelle va me parvenir l’après-midi, à 17h10. Dans la presse de notre pays, la conception des urgences est très inégalitaire : il lui aura donc fallu presque une demi-journée pour m’adresser sept pauvres questions (cf. ci-après), de telle sorte qu’il ne me restera plus que 24 heures environ pour rédiger ma contribution… De plus et malgré ma demande instante (parfaitement judicieuse, comme on va le voir dans un instant), elle aura juste oublié de me fixer des limites de volume – indicateur assez intéressant quant à l’exigence de fidélité qui prévaut dans sa profession (quelle sera sa procédure de sélection selon que je lui renvoie trente lignes ou dix pages ?...).

Pas rancunier pour deux sous, comme le savent mes meilleurs ennemis, je lui adresse ma contribution le soir même, à 20h30, via un e-mail intitulé « Reflex man a encore frappé »… Il va falloir encore à ma correspondante deux jours pleins pour simplement accuser réception, puis deux jours encore pour m’adresser l’e-mail suivant.

« Finalement, on ne va pas vous citer. (Il aurait fallu que l’on reprenne vos réponses et que l’on détaille plusieurs points ; ce qui n’est plus possible étant donné nos délais de bouclage.) »

J’aime beaucoup cette exigence (« il aurait fallu » qu’on « reprenne » mes réponses), quand l’essentiel de notre conversation initiale tenait à ma prévention contre cette trop prévisible prétention à me « reprendre » : d’expérience, celle-ci est généralement justifiée par des prétextes de volume, et ce n’était évidemment pas un hasard si j’avais conditionné ma réponse à un cadrage précis de celui souhaité par le journal (j’ai plus de 30 ans d’expérience avec la presse et je n’ai jamais aucune difficulté pour respecter ce type d’exigence). C’est dire que le journal n’avait aucune échappatoire facile pour me censurer l’air de rien, et son renoncement global atteste que j’avais parfaitement bloqué toutes les issues de secours… Question de métier, p’tit gars.

L’interview rebutée [1]

Le titre projeté par la revue était « Faut-il avoir peur de la pilule ? », avec le chapeau suivant :

Interview du Dr Marc Girard, expert libéral en pharmacovigilance et médecin psychanalyste à Jouars-Pontchartrain, dans les Yvelines.

1/ Le livre « J’arrête la pilule » reflète-t-il ce que vous voyez/entendez en consultation ?

MG - Je n’ai pas lu ce livre. Mais il suffit d’écouter autour de soi ou de lire la littérature médico-scientifique pour se faire une idée de la façon dont les femmes vivent la contraception orale.

2/ La pilule peut-elle être vraiment dangereuse pour la santé ?

MG - Comme consultant, j’ai longtemps été en charge de la pharmacovigilance chez plusieurs fabricants de premier plan, et vu pas mal de choses. Je cite toujours le cas de cette adolescente de 16 ans, sans aucune vie sexuelle mais utilisatrice de la pilule parce que c’est la moindre des convenances quand on a une mère gynécologue, finalement décédée d’une thrombose cérébrale dans le contexte d’un déficit en protéine S (un trouble assez banal de la coagulation). Je pourrais évidemment citer bien d’autres cas.

3/ Que sait-on exactement de ses risques ?

MG - Chez les hommes, le premier risque de la pilule, c’est de les rendre idiots, maladroits et fondamentalement égoïstes, inconvénient particulièrement regrettable dans une expérience en principe fondée sur le désir d’altérité. Chez les femmes, le premier risque, c’est de les castrer, inconvénient non moins regrettable dans une expérience supposée contribuer à leur « émancipation sexuelle ». Pour le reste, j’ai donné dans mes écrits antérieurs une référence pharmaceutique internationale (Martindale) listant les effets indésirables de la chose sur un volume équivalant à 50 pages A4 environ.

4/ Peut-on diminuer ces risques ? Si oui, comment ?

MG - On peut. Principalement en s’interrogeant sur le processus civilisationnel qui conduit à s’en remettre au complexe médico-pharmaceutique – notamment à une médecine atrocement machiste historiquement et idéologiquement – pour assurer « l’émancipation » des femmes.

5/ Quid des effets psychologiques dont on parle parfois : dépression, troubles de la libido… ? Est-ce que vos patients vous en ont rapporté ?

MG - Chez les femmes comme chez les hommes, les hormones sexuelles – qu’elles soient endogènes ou exogènes – ont évidemment des effets « psychotropes », c’est-à-dire qui se manifestent sur le système nerveux central. La difficulté, en pareille espèce, c’est de repérer ce qui relève du terrain psychologique sous-jacent et ce qui relève de la iatrogénie (c’est-à-dire des effets indésirables médicamenteux).

Sur cette question, tout un chacun peut faire une expérience de polygamie assez facile et légalement anodine, en priant sa partenaire d’arrêter la pilule durant quelques mois : il va changer de femme…

Récemment, en tout bien tout honneur psychothérapeutique, une jeune patiente m’a quasiment sauté au cou de gratitude éprouvée après que je lui eus suggéré d’arrêter sa contraception orale [2].

6/ Quels sont les effets bénéfiques de la pilule ?

MG - Il est assez rigolo de constater la différence de réception selon le résultat des études sur la pilule : acceptées et médiatisées avec un enthousiasme communicatif quand elles suggèrent un effet bénéfique, soumises au crible d’une critique impitoyable (et pas toujours de très bonne foi) quand elles suggèrent un effet indésirable. On trouve le même type de biais avec les études consacrées aux vaccins. Pour en rester à la contraception orale, Martin Winckler (largement célébré comme héros/héraut des féministes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez) fournit un représentant assez désopilant de cette tendance à l’appréciation sélective des données.

7/ Finalement, quelle la meilleure contraception pour vous ?

MG - Celle qui permet à chaque partenaire de se sentir plus grâce à l’Autre, sans lui faire payer le prix d’un moins.

Apparentement terrible…

Dans l’urgence qui m’avait été fixée, une question m’avait échappé sur le coup. Quoique amateur anodin, à ce titre tardivement identifié par les responsables de Top Santé et passé à la trappe sans excès de scrupule, j’eus soudain l’idée qu’avec un peu de chance, j’avais déjà dû croiser l’auteur de ce livre tellement incontournable que même les blaireaux de mon acabit étaient supposés l’avoir forcément lu. Bingo ! Il s’agissait de cette gamine fort arrogante qui, après m’avoir semblablement réclamé une interview sur la contraception, ne s’était pas contentée de l’envoyer au panier sans même éprouver le besoin de m’en avertir : elle n’avait finalement repris contact avec moi que pour s’offusquer que j’aie osé reprendre cette interview à mon compte personnel sans lui demander sa permission ( !), alors qu’à l’évidence, elle relevait bien de MA propriété intellectuelle et ne lui devait strictement rien [3]… Dans l’échange qui avait suivi, cette sale gosse plus jeune que ma plus jeune fille m’avait expliqué – outre les mystères de la vie (de la vie sexuelle, en particulier) – que ce que je rédigeais était tellement nul que j’avais manifestement besoin d’une passeuse toute appliquée à ignorer mes contributions… Personnellement, j’appelle « fossoyeur » plutôt que « passeur » quelqu’un qui vous enterre, et peut-être même « assassin » quand il vous enferme dans la boîte alors que vous frétillez encore...

Questions de méthode

Revenons donc à l’interview sollicitée par Top Santé. Une fois encore, la simple logique permet d’analyser la situation sans aucun préalable de reconnaissance personnelle.

  • Ou bien je suis juste un minable interchangeable, et la demande de la revue signait une certaine légèreté de méthode concernant la sélection de ses sources (en l’espèce : de ses informateurs) : légèreté d’autant plus regrettable qu’à l’évidence, les délais qui m’étaient imposés excluaient tout travail sérieux de recoupement ou de vérification chez les demandeurs (« data checking » qu’ils disent habituellement…).
  • Ou bien je suis un interlocuteur significatif dans ce débat précis, et la désinvolture de mon interlocutrice à l’endroit de ma contribution signait une remarquable absence de déontologie. D’autant plus regrettable que : i) cette contribution m’avait été demandée dans des conditions d’urgence absolue (attestant – on en revient à la méthodologie – que la sélection des sources s’était faite de façon à tout le moins légère : on ne s’avise pas au dernier moment de l’existence d’un interlocuteur significatif) ; ii) ainsi propulsé dans l’histoire au dernier moment sur la base d’on ne sait quoi, j’étais supposé avoir naturellement pris connaissance de contributions a priori extra-scientifiques [4]) tandis que la mienne pouvait passer au panier sur décision de la première pigiste venue. Du vrai travail de pro…

Légèreté méthodologique ou absence de déontologie ne sont pas les termes séparés d’une alternative : l’une et l’autre vont de pair, et s’expliquent l’une par l’autre dans une inextricable réciprocité. C’est parce que les journalistes ne savent pas travailler qu’ils sont incapables de hiérarchiser leurs sources, et réciproquement : pourquoi respecter davantage la contribution de tel spécialiste que celle de n’importe quel(le) pigiste ignare (et, on va le voir, pitoyablement inexpérimenté[e] – à bien des égards) ?

Questions de fond

C’est un principe méthodologique et politique de base que je ne lis jamais un bouquin au seul motif qu’il fait l’objet d’une médiatisation – et il va de soi que je n’ai jamais eu la moindre intention de lire celui de la gosse mal élevée qu’on m’avait présentée comme évidemment incontournable. Il s’avère cependant que j’avais reçu d’un autre journal une longue interview de l’intéressée, intitulée « Plaidoyer pour une contraception sans souffrance » qui, non sans naïveté, nous plongeait déjà dans le sujet : la question n’était plus de savoir si on allait faire l’amour par plaisir, mais simplement « sans souffrance »… L’auteur de cette perle se présentant entre autres comme « spécialiste (…) des droits des femmes », elle doit faire là allusion à ce qu’il est convenu d’appeler « l’émancipation des femmes » : faire l’amour sans souffrance, rendez-vous compte !

Au titre des critères de crédibilité intrinsèque attestant conjointement l’humilité de l’auteur et sa cohérence, on y apprend qu’avant elle, « personne n’avait jamais vraiment demandé aux femmes leur avis sur la pilule » et que les résultats du sondage auquel elle avait eu le génie de procéder – forcément pour la première fois – recoupaient ceux des sondages ou d’études antérieurs… L’originalité dans la continuité, quoi, à moins que ce ne soit l’inverse [5]…

On y apprend également – car les journalistes savent aussi faire des révélations « scientifiques » – que, conçues intentionnellement pour bloquer le cycle hormonal, les pilules seraient, tenez-vous bien,… des perturbateurs endocriniens : d’où l’on infère qu’il y doit y avoir encore de la place pour bloquer le cycle sans le perturber [6]… Déploration, aussi, sur l’épuisement des médecins qui n’auraient pas le temps de signaler les accidents liés à la pilule : un minimum d’enquête lui aurait appris qu’outre n’importe quel professionnel de santé (médecin ou non), n’importe quelle utilisatrice peut faire remonter ses observations « aux autorités ».

On y apprend ensuite que le clitoris serait l’« organe du plaisir féminin » (c’est moi qui souligne, comme dans la suite d’ailleurs), et on ne peut s’empêcher de la plaindre – tout en lui concédant que si c’est bien ça, on se demande pourquoi elle s’emmerde avec des questions de contraception, vu qu’elle a trouvé un excellent moyen pour se passer des semeurs de graines à bébés (cf. plus bas).

Déploration ensuite sur les problèmes de santé que les femmes auraient pu éviter attendu qu’elles auraient pu avoir « d’autres solutions à leur disposition si on leur avait présentées » : on progresse dans l’autonomie…

« Mais ce qui est rassurant, et je le rappelle dans ce livre, c’est que les femmes ont toujours obtenu les avancées qu’elles ont désirées et réclamées » : d’autant que quand on prétend faire l’économie de l’homme et de son pénis, il y des avancées (et des reculs, aussi) dont on peut parfaitement se passer…

« D’autres journalistes se montrent beaucoup plus bienveillants [que ceux qui me traitent de "simple blogueuse"], prêts à accueillir la parole des femmes d’aujourd’hui » : quant à la parole des passéistes qui ont expérimenté, dans leur corps, d’autre « plaisir » que celui du clitoris, ce serait un comble qu’on l’accueille également. Il y a comme ça des gens chez qui l’occultation des autres est comme une seconde nature.

« Mais aujourd’hui, la science dispose d’une méthodologie de recherche qui devrait nous prémunir des égarements d’hier » : c’est vrai qu’on a vaguement l’impression que cette fille n’est pas particulièrement encline aux « égarements » et que, dans ces conditions, « la science » – avec sa méthodologie – peut être une option préférable à celle d’un mec – avec son phallus…

« Ce que j’ai découvert (…) c’est que la majorité des études sur la pilule ne sont tout simplement pas sérieuses » : c’est la même chose avec pas mal d’interviews féministes sur la sexualité.

« Depuis un an, j’ai opté pour la méthode symptothermique » : avant les femmes « d’aujourd’hui », n’est-ce pas ce que celles d’hier appelaient tout bêtement « la méthode des températures » ? On sait juste qu’avec cette méthode, il ne faut pas avoir d’accès de fièvre, mais à deux trois riens convergents, on pressent que la personne en question est raisonnablement protégée contre les coups de chaleur.

Récapitulatif

Trêve de plaisanterie : n’en déplaise à Top Santé, je n’ai toujours aucune intention de lire le livre d’une péronnelle qui, sur l’espace de trois pages, parvient (et manifestement à l’insu de son propre gré) à proférer tant de niaiseries et à exhiber avec tant d’ingénuité une imagination érotique dont la pauvreté n’est pas sans rappeler – à qui connaît le genre – les pires encycliques sur la morale sexuelle catholique.

Car pour récapituler, que nous dit-elle ? Elle a beau, à l’instar de Winckler, pester démagogiquement contre les médecins ou l’industrie pharmaceutique (ça plaît toujours à celles qui ne peuvent pas s’en passer) : elle en revient toujours à déplorer la malheureuse « ignorance » des femmes concernant « d’autres solutions aussi efficaces avec bien moins d’effets indésirables » ou « la même sécurité contraceptive mais sans effets secondaires ». Bref, il s’agirait de rien de moins qu’« obtenir un jour ce droit à une contraception sans souffrance ». Or, pour l’instant du moins, toute personne (ou presque) a « le droit » de faire l’amour en liberté ; on nous parle également de « méthodes contraceptives plus douces » ou de « méthodes naturelles » mais, une fois encore, tout le monde a « le droit » de faire attention comme on disait autrefois – sachant que même dans le meilleur des mondes, il sera difficile de contrôler sa fertilité sans faire attention d’une façon ou d’une autre (toute la question étant justement : laquelle ?). Il faut donc comprendre que l’enjeu n’est pas la libération du corps féminin, mais la sous-traitance de son autonomie entre les mains de supposés sachants, qu’ils soient médecins, promoteurs de médecines « douces » ou « journaliste indépendante » [7] vouée au recyclage des idées reçues : ça change quoi à l’état présent des choses ? Ça change quoi à l’ancien magistère de l’Église ?

Encore plus fort : de ces trois pages ardemment militantes consacrées à la contraception, JAMAIS la moindre allusion n’est faite à l’existence – ou à la nécessité ! – d’un partenaire… Ce n’est pas un oubli : la méthode contraceptive pour laquelle notre prophétesse d’un nouvel ordre sexuel fondé sur la médecine pour autant qu’elle soit « douce » a opté depuis un an « est une expérience personnelle, qui correspond à mes attentes aujourd’hui ». Difficile d’avouer plus insolemment que, malgré son arrogance de pré-adolescente supposée avoir assez vu et assez expérimenté pour se poser en censeur implacable de qui a peut-être plus réfléchi qu’elle sur le sujet, elle est encore TRÈS loin d’une sexualité conçue comme expérience de rencontre : on comprend mieux, du même coup, pourquoi le clitoris lui apparaît comme l’insurpassable organe « du » plaisir féminin…

On retombe sur ce que j’ai décrit comme l’inconvénient humain le plus dommageable de la contraception médicalisée : l’onanisation de la sexualité [8]. Sachant que par ce mot, j’entends – exactement comme dans ma dernière interview censurée – caractériser l’indifférence au plaisir de l’Autre sur quoi finit par déboucher une contraception assez sous-traitée chez des prétendus sachants pour compromettre la rencontre dont l’enjeu eût été de trouver l’équilibre entre la pulsion et le respect…

Cette prétention compulsive à mieux savoir que le vulgum pecus était déjà particulièrement désopilante chez les clercs, supposés – par fonction – n’avoir aucune expérience personnelle de la chose… Je n’ignore pas que, en pratique, beaucoup n’en sont pas ignorants, mais c’est justement parce que cette consommation s’est faite dans la clandestinité et l’hypocrisie qu’il est si difficile d’y discerner le vécu d’une relation. De fait, l’aporie de la rencontre interdite marque, et de façon quasi indélébile, le discours officiel de l’Église sur la sexualité. Il va de soi, d’autre part, qu’à cause de l’inégalité consubstantielle à la relation thérapeutique, les médecins – fussent-ils sexologues – se heurtent à une difficulté comparable : le « colloque singulier » n’est pas un échange entre égaux. On retrouve enfin l’écho de cette difficulté dans le discours emprunté de notre Bécassine, qui prétend se passer des médecins quand elle n’est manifestement pas capable d’envisager que le savoir sur la sexualité puisse relever d’une expérience commune plutôt que d’un enseignement magistral dont elle se voit tout naturellement l’inspectrice, bien qu’il soit facile de reconnaître… qu’elle est loin d’avoir fini ses études.

Conclusion

C’est par facilité terminologique que, s’agissant de mes deux interviews balancées au panier, j’ai dénoncé une « censure ». Car censurer, c’est empêcher l’émergence et la publication d’idées jugées indésirables ; alors que dans les deux mésaventures sinistrement concordantes que j’ai narrées ici, les idées en question avaient d’abord été dûment sollicitées par celles qui se sont appliquées ensuite à les faire disparaître sans le moindre état d’âme. Bien au-delà de la censure, on est plutôt dans le meurtre symbolique [9].

Faut-il s’en étonner quand l’irremplaçabilité d’un partenaire a été carrément occultée dans la représentation de ce qui devrait être, au contraire, une expérience initiatique de rencontre débouchant sur une déflagration d’altérité [10] : l’irruption de la civilisation dans les tumultes de l’animalité ? C’est parce que son corps – son corps à elle (et, plus encore, sa façon de s’en servir) – est meilleur que la sensation indistincte d’éjaculation que me vient le souci d’y faire attention : de faire attention à elle...

On comprend mieux pourquoi les promoteurs de publications pour gamines pré-pubères ont paniqué quand j’ai osé mettre la relation au centre de la réflexion sur la maîtrise de la fécondité…

Le clitoris, c’est quand même plus simple : surtout que c’est une « spécialiste des droits des femmes » qui vous le dit…

Post-scriptum

Tout en assumant l’ironie que m’inspirent ceux qui aiment à se poser en irréfutables sachants de la sexualité (au point de revendiquer jusqu’au monopole de la parole : c’est la définition d’un magistère) – qu’ils soient clercs [11], sexologues, féministes, journalistes ou autre – je n’avais pas l’impression d’avoir tant que ça outrepassé les limites du simple commentaire dans la contribution qui précède, fondée sur des citations bien davantage que sur une prétendue contre-expertise. Mal m’en a pris et j’ai reçu, dès après la première mise en ligne, des volées de bois vert de quelques correspondantes (les mecs sont – pour l’instant ? – restés cois) habituellement bien mieux disposées envers ma prose : mais cela permet d’élargir le débat. Malgré mon exigence habituelle de fidélité textuelle, l’échange qui suit est un peu reconstruit pour respecter certains impératifs de confidentialité ou de pudeur (parfois aussi pour corriger des fautes de frappe nées d’une voyante indignation), et pour regrouper en un tout des objections d’origines diverses.

Vous êtes trop dur avec elle, franchement (…) Elle regrette votre réaction parce que sur le fond, elle était ok avec vous et avait apprécié votre livre sur la brutalisation du corps féminin.

Vous utilisez (…) des rhétoriques et des invectives dignes des meilleurs représentants du machisme. (…) Vous braquez la quasi-totalité des lectrices.

Quel besoin avez-vous de spéculer sur la sexualité de cette journaliste ?

Vous parlez du clitoris. En avez-vous un ? Avez-vous déjà tenté une activité sexuelle sans bander ? C’est ce que vivent beaucoup de femmes : des pénétrations clitoris en berne (…). Comme une femme peut subir une activité sexuelle sans être gonflée de désir (au sens strict du terme), tout ce qu’elle peut tenter de faire c’est suivre le rythme. Il y a mieux pour s’épanouir sexuellement.

Autre chose : la contraception orale rend les hommes cons. On va s’amuser sur le thème de l’œuf et de la poule. Je pense qu’avant la contraception orale la grande majorité des hommes ne se préoccupaient pas plus qu’aujourd’hui de leur semence.

Mes réponses, concaténées en un tout à peu près cohérent.

Je crains que vous n’ayez pas lu le verbatim, parfaitement disponible, de nos échanges – et constate que si elle en est encore à "regretter" MA réaction, c’est qu’elle s’obstine à défendre l’indéfendable.

Séduire mon lectorat, chercher à lui plaire ou à ne pas le « braquer » n’a jamais fait partie de mon idéal d’écriture : comme dûment indiqué d’emblée, le sujet [de la contraception] est atrocement connoté idéologiquement, et je n’ai aucune empathie pour ceux/celles qui fuient ce risque en prétendant s’abriter derrière une fausse compétence (qui n’est jamais que la pseudo-compétence des médecins) ou une fallacieuse objectivité.

Je ne spécule pas sur la sexualité de cette « journaliste » : je me contente de ricaner sur ce qu’elle en révèle.

Je n’ai jamais prétendu avoir un clitoris : je me contente de m’interroger sur la place de la relation dans un discours organisé sur la centralité de cet organe. J’aurais – j’ai – exactement le même discours devant un homme qui mettrait son pénis, ou ses testicules, au centre (avez-vous déjà noté mon scepticisme devant la phraséologie qui fait de l’éjaculation le dernier mot, fût-ce sous le pieux prétexte d’un « orgasme simultané » ?)

Qu’il y ait mieux que l’état présent des choses (et de la médicalisation) pour permettre aux femmes de « s’épanouir sexuellement » n’est pas trop loin de ce que je soutiens depuis si longtemps, dans une remarquable solitude d’ailleurs – et sans crainte de « braquer » quiconque…

L’expérience éminemment masculine de « ne pas bander » est précisément l’une de celle qui vous ouvre à l’altérité. De même que devrait ouvrir à la même problématique le constat que pour jouir avec son clitoris, il n’est nul besoin du moindre partenaire…

Je vous invite à ré-examiner l’évolution historique de la fécondité, ainsi que les manuels des confesseurs, pour relativiser l’idée qu’avant la pilule, il n’y avait d’autre solution érotique que de laisser l’homme se vider les couilles dans un vagin féminin : j’ai pas mal parlé de ça dans mon livre.

Quant à « la connerie » des hommes, j’en pense la même chose que de leur violence : elle n’est pas inhérente à la virilité, mais à la sexuation. J’attends avec beaucoup d’intérêt le hashtag « balance ta garce » et, notamment, un minimum de réflexion sur le fait qu’à côté de la mortalité différentielle des femmes dans les scènes conjugales (soit un delta d’environ 100 décès par an), il faudrait tenir compte de la surmortalité mâle, d’une toute autre ampleur, pour cause de suicide [12]…

Curieusement, je n’ai reçu aucun commentaire rédigé par un homme. Faut-il conclure que les hommes se sont tellement déchargés sur leurs partenaires de la contraception qu’ils peinent à s’impliquer dans un tel débat ? À moins qu’ils n’aient du mal à trouver les mots et les concepts pour affronter des réalités aussi intimes : ce n’est pas facile de s’observer tout nu sans se déculotter devant les autres…

C’est un argument féministe assez tristement désopilant que celui consistant à faire de quelque violence féminine que ce soit une réaction présumée légitime à une violence mâle forcément antérieure. En l’espèce et pour qui se donne la peine de le lire (et d’en consulter les renvois), le sujet de l’article était celui d’un « meurtre symbolique » perpétré sur ma personne (et même, d’un meurtre sériel sur la même personne, dans la mesure où je raconte la répétition de comportements superposables). Si, au lieu de mimer un souci d’altérité sous couvert d’interview, les journalistes m’avaient demandé : « accepteriez-vous de rédiger une critique élogieuse du livre J’arrête la pilule ? », nous n’en serions pas là : j’aurais refusé, mais n’aurais gâché ni mon précieux temps, ni ce qui me reste d’énergie pour des causes plus précieuses. Je veux bien avoir traité quiconque de « mal-baisée », mais je me suis contenté de citer – et textuellement – ce que proclament les personnes que je vise ; il est très significatif que, alors même qu’elles avaient sollicité ma parole, lesdites personnes n’aient même pas pris le risque réciproque de me citer, préférant la solution nettement plus expéditive de la trappe.

Deuxième argument désopilant : s’autoproclamer porte-parole naturelle des femmes. Je doute qu’elles se soient reconnues dans leurs championnes celles qui m’ont écrit, non sans indignation : « Rassurez-vous, il y a des femmes qui sont de votre avis, sur ce point précis (la contraception) en particulier, et sur bien d’autres encore... ». Ou encore : « Quelle belle vision et quelle admirable façon de s’exprimer vous avez ! (…) J’arrive à une heure bien tardive pour vous remercier de ce texte qui en dit long sur la façon dont on est informé de nos jours... ». Et bien d’autres choses de la même inspiration [13]. À noter comme potentiellement significatif (humainement, sinon statistiquement) que, sans que j’aie eu le temps de solliciter quoi que ce soit, les réactions féminines chaleureuses ont été nettement plus nombreuses que celles qui dénonçaient mon machisme présumé...

Troisième argument misérable : s’inscrire – et sans avoir payé sa cotisation – comme membre actif du vaste réseau des femmes maltraitées à l’échelle du monde, incluant les victimes des crimes d’honneur au Pakistan, des lapidations en Afghanistan, des excisions au Sahel, etc. Outre son infantilisme consternant, ce « dolorisme » [14] victimaire évite de s’interroger sur sa propre violence, qu’elle s’exerce à l’endroit des hommes, à l’endroit des femmes [15] ou à l’endroit des enfants. Les féministes d’ici n’ont pas grand pouvoir sur la façon dont on mutile le sexe des gamines au Soudan ou dont on marie les filles en Océanie, mais elles en ont bien davantage sur le mépris qu’elles inculquent à leur progéniture (de l’un ou l’autre sexe) à l’endroit de la figure paternelle…

N’en déplaise à d’aucunes, il n’y a aucune symétrie entre le discours de J’arrête la pilule et le mien. Je n’ai aucune prétention à désigner « l’organe » de quelque plaisir que ce soit ; je n’ai aucune prétention d’en savoir plus que les gens « ignorants bien souvent que d’autres solutions (…) existent », ni à faire sortir quiconque de la vision censément bornée où ils/elles « restent enfermé(e)s » ; je me contrefous de savoir si je suis un homme « d’aujourd’hui », d’hier ou de demain. Ma disponibilité est complète d’apprendre de quiconque âgé de 7 à 77 ans (et parfois bien plus - ou bien moins...) qui souhaite échanger avec moi sur les mystères de la sexualité : la motivation du présent article atteste que cette disponibilité s’étend même aux pires journalistes…

Mais si je n’ai aucune supériorité de savoir sur le sujet, qu’est-ce qui justifie ma prétention (d’ailleurs modeste dans ses effets) à intervenir publiquement sur le sujet ? Tout simplement le constat du nombre de gens qui ne se retrouvent pas dans la guerre des sexes alimentée par les féministes, mais sans bien savoir comment le dire, d’où le désir subséquent de leur prêter des mots qui leur manquent – sachant que j’ai une assez longue expérience de la réparation judiciaire du dommage sexuel pour m’incliner à penser que je suis utile à ce poste. Mais il ne s’agit pas d’un échange inégal, et j’apprends à leur contact au moins autant que ce que j’essaie de leur donner (ne serait-ce que parce qu’avant de prétendre aider les gens à prendre la parole, il faut les écouter).

Au total et pour résumer :

  • Avant de tenir un discours public sur la sexualité, il serait prudent de se demander ce qui relève d’une règle générale susceptible d’aspirer nos contemporains vers un niveau supérieur d’humanité ou, au contraire, d’une rationalisation d’échecs personnels [16] : le retour du refoulé, c’est comme un boomerang quand on ne sait pas s’en servir – ça peut faire très mal à celui/celle qui l’a lancé…
  • Il existe une immense violence dans les rapports entre les sexes, mais qui n’est l’exclusive ni des hommes, ni des femmes : elle est inhérente à la sexuation, et le meilleur que nous puissions faire, c’est de concourir à la civilisation plutôt que de souffler sur les braises en accréditant qu’elle serait forcément le fait des autres.

[1] J’emploie le mot rebuter au sens ancien, mais aussi légitime lexicalement que justifié en l’espèce, de « jeter, mettre au rebut, refuser (une chose qu’on juge sans valeur ou inutilisable) » (Le Grand Robert).

[2] Elle a ajouté que son mari était épuisé, mais avait l’air de tenir ça pour un effet secondaire bénéfique de ma recommandation thérapeutique…

[3] Précisons, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la remarquable impertinence de cette gamine, que l’interview s’était, comme l’autre, passée entièrement par e-mail et qu’elle n’avait exigé aucun déplacement de celle qui l’avait sollicitée…

[4] Et, de toute façon, nettement postérieures aux miennes : le premier article publié sous ma plume – et dans un organe de premier plan – datait de 1988 (La Recherche 1988 ;201:984-990), quand l’auteur qu’on m’avait présentée comme incontournable… n’était pas encore née !...

[5] Affectant une fausse modestie supposée accréditer la rigueur de sa pensée (car le vrai scientifique est toujours critique, c’est bien connu), la réalisatrice de ce « sondage » admet avec longanimité qu’il n’a pas été réalisé « selon la fameuse méthode des quotas », mais elle reste étrangement muette sur le paramètre au moins aussi fameux du « taux de réponses ».

[6] On comprend mieux le souhait d’une « sécurité contraceptive mais sans les effets secondaires ».

[7] J’ai déjà eu l’occasion de remarquer que ce statut de "journaliste indépendant" était un prétexte facile pour prendre publiquement la parole sur la Toile alors que, professionnellement, on n’a jamais rien fait de crédible.

[8] Onan étant dans la terminologie (d’ailleurs historiquement contestable) qui s’est imposée au cours des siècles (y compris sous la plume de médecins) comme la figure du masturbateur.

[9] Situation d’autant plus caractérisée que la première de mes interlocutrices ne s’est pas contentée d’envoyer au rebut une contribution qu’elle avait dûment sollicitée : elle a prétendu ensuite m’en interdire toute utilisation (c’est-à-dire, en gros, rester seule maître de la parole dans un champ conceptuel qu’elle prétendait rien de moins que s’approprier). Je n’en ai que plus de peine à comprendre le reproche qui m’est fait par certaines lectrices (cf. le PS ci-après) que, d’une façon ou d’une autre, c’est moi qui aurais pris l’initiative d’une violence à son égard : je ne vois d’autre recours que la psychanalyse pour rendre compte d’une inversion aussi effrontée du réel.

[10] Dans mon livre cité plus haut, j’ai raconté avoir participé à une émission sur l’accouchement « sans violence », au cours de laquelle mon interlocutrice – une femme – a réussi l’exploit de ne jamais faire la moindre allusion à la figure du père… C’est également cette déprimante impuissance à se représenter le corps à corps, le nu à nue avec un(e) Autre qui donne une facture tellement reconnaissable au style des prédicateurs catholiques, fussent-ils papes.

[11] Je ne suis pas le premier à relever la convergence frappante entre le discours clérical et certaines thèses féministes : cf. B. Levet. "La théorie du genre ou le monde rêvé des anges", Grasset & Fasquelle, 2014.

[12] Je précise, car j’ai déjà eu à connaître l’objection, qu’en invoquant cette nécessité de "tenir compte", je n’insinue en rien que les suicides masculins soient systématiquement dus à des femmes (pas plus que je ne pense qu’aucun suicide de femme ne puisse être dû à un homme). Le féminisme ne dispense pas (ne devrait pas dispenser) des règles du raisonnement logique ou de la syntaxe...

[13] « C’est curieux ces réactions épidermiques (…) je me demande si ces réactions ne sont pas dues aussi à une peur panique de "perdre le contrôle" ?
Ou encore : « Je me souviens de l’occasion où vous étiez allé à une rencontre générale où il était question de "vaccination"... et l’on vous avait quasiment lynché (...) Si vous aviez dit cela dans une conférence, il se serait produit la même chose et ce serait les féministes qui vous auraient lapidé (…). Je vous remercie infiniment de votre courage à affronter ce genre de personnes et je suis certaine que vous aimeriez beaucoup mieux disserter sur d’autres sujets qui aideraient les gens à sortir de leur détresse ».
Ou : « Je suis étonnée des réactions (quoique on pouvait s’y attendre...) : tu n’assassines pas la pauvre gourde - tu lui donnes simplement une leçon de vie. Elle devrait au contraire se réjouir de trouver sur son chemin quelqu’un qui lui enseigne que la sexualité c’est beau dans le respect et l’attention à l’autre. Il n’y a que chez toi que l’on puisse lire d’aussi belles choses. »

[14] Le mot est de Michèle Perrot, antiféministe bien connue.

[15] Qui parlera jamais de la violence des femmes entre elles – notamment dans le monde du travail ?

[16] La psychanalyse peut servir à ça, pour autant qu’elle se garde des charlatans.


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