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Pot-Bouille chez les eunuques : l’arrière-cuisine des « études » sur la vaccination contre l’hépatite B

lundi 8 janvier 2018 par Marc Girard

RÉSUMÉ – Le premier article de cette série consacrée à la surveillance après commercialisation des vaccins contre l’hépatite B s’était focalisé sur une date précise (15/12/94), marquant la première analyse « officielle » des observations cliniques compatibles avec la crainte déjà ancienne (1976) qu’une telle immunisation ne se solde par des complications d’ordre auto-immun : malgré la brièveté de la fenêtre chronologique à laquelle on s’était ainsi borné, on y avait découvert, chez les responsables de la pharmacovigilance française, un parti-pris inquiétant d’occultation et de falsification. Le présent article reprend l’analyse du même problème, mais dans une perspective chronologique bien plus large, allant de la première commercialisation (1987-88) de la date d’aujourd’hui : on y retrouve, mais continûment, le même parti-pris d’occultation et de falsification, auquel s’ajoute une évidente volonté de tromper dans la communication des autorités sur les résultats de cette surveillance. Si le mobile de ce parti-pris semble à peu près aller de soi, on s’interroge de nouveau sur la passivité de la justice française à l’endroit d’infractions aussi multiples, évidentes même pour le profane, et extrêmement faciles à documenter précisément.

Table des matières

  1. Introduction : une tambouille assez nauséabonde
  2. Étude de Zipp et coll. (1999)
    • Un historique de tripatouillages
    • Un tripatouillage historique
  3. Autres études
  4. Retour sur l’enquête nationale de pharmacovigilance
  5. La communication des autorités
  6. Récapitulatif
  7. Conclusion : et, pendant ce temps-là, les Shadocks creusaient, creusaient…

Introduction : une tambouille assez nauséabonde

Dans la série des Rougon-Macquart, qui a déjà inspiré le titre du premier article de la présente série consacrée à l’évaluation « scientifique » de la vaccination contre l’hépatite B (par opposition aux « idées reçues » pourfendues par l’INSERM ou à la « théorie du complot » dénoncée par Madame Buzyn [France Info, 05/01/18] quelques jours après mon article), Pot-Bouille renvoie de façon figurée à l’ordinaire assez peu ragoûtant de la bourgeoisie triomphante sous le Second Empire.

Pour bien comprendre ce dont on parle ici, le schéma donné en Figure 1 – très simple, mais étonnamment ignoré par ceux qui prétendent parler publiquement des questions vaccinales (administration sanitaire, INSERM, professionnels de santé, anti-vaccinalistes, avocats, magistrats, associations…) – récapitule la dynamique d’évaluation qui structure normalement la vie d’un médicament [1] : depuis les phases les plus précoces du développement, à la communication (médico-scientifique ou commerciale [2]).

Mon premier article renvoyait au rectangle en haut à droite de cette Figure 1, et nous allons commencer par y retourner dans ce second article : il s’agit de toutes les évaluations auxquelles on va procéder sur un médicament donné dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché [AMM] [3]. En l’espèce, l’enquête nationale de pharmacovigilance qui faisait l’objet de ce premier article était bien une investigation post-AMM : les Anglo-Saxons parlent de post-marketing surveillance (surveillance après commercialisation) qui inclut notamment l’étude des notifications spontanées [4] adressées aux autorités ou au fabricant [5], ainsi que les diverses études plus ou moins formalisées (essais cliniques complémentaires, études épidémiologiques, etc.).

De façon plus précise que dans le précédent article où elles n’avaient fait l’objet que d’allusions rapides, on évoquera également les réalités correspondant au rectangle de la Fig. 1 juste en dessous du précédent : elles concernent la communication organisée par les autorités sanitaires autour de la vaccination contre l’hépatite B et de ses risques : on y verra que le communiqué de l’INSERM daté du 18/12/17, qui tient pour « idée reçue » toute objection sur la bonne tolérance de cette vaccination, s’inscrit dans une tradition de tromperie bien antérieure dès qu’il s’agit de cette immunisation.

Précisons enfin que les lignes qui suivent n’ont pas l’ambition de recenser par le menu [6] les infractions, voire les crimes qui ont pu marquer la vie des vaccins contre l’hépatite B une fois leur commercialisation autorisée : il s’agit juste de décrypter à l’usage du simple « blaireau de base » quelques-unes des falsifications les plus spectaculaires et les plus facilement documentables qui ont marqué la surveillance après commercialisation de ces spécialités.

Étude de Zipp et coll. (1999)

Un historique de tripatouillages

On reviendra plus bas sur les études qui ont précédé mais, parue dans la (relativement) [7] prestigieuse revue Nature Medicine en septembre 1999, celle de Zipp et coll. a marqué une étape importante dans le renversement du processus judiciaire français qui laissait initialement penser que les juges allaient s’offrir le plaisir facile de faire la peau aux représentants d’une industrie pharmaceutique majoritairement honnie en ce temps-là. J’ai encore dans l’oreille le ton catégorique d’un des plus éminents médecins-légistes de l’époque – parfaitement incompétent en matière pharmaceutique mais me renvoyant à cette étude, au tout début de l’année 2000, pour me signifier que le problème de la toxicité neurologique de ces vaccins (qu’en bon eunuque, il n’avait jamais posé) était désormais résolu au point qu’on pouvait désormais s’interroger sur l’intérêt des expertises judiciaires.

Sans entrer dans le détail d’une critique savante, on relèvera que, tout en affichant leur prétention à avoir réalisé la première étude épidémiologique sur le risque de pathologie démyélinisante après vaccination contre l’hépatite B, les auteurs ont inclus une population globale dont… 65% était âgée de 14 ans ou moins. Outre qu’on ne sache pas que 65% de sujets âgés de 14 ans ou moins soit représentatif de quelque population générale que ce soit, on s’étonne forcément de voir l’attention des investigateurs se concentrer sur une population considérée réglementairement comme « pédiatrique », alors que l’âge moyen des pathologies démyélinisantes se situe notoirement aux alentours de 30 ans et que, de façon non moins notoire, de telles pathologies sont véritablement exceptionnelles en pédiatrie – du moins à l’époque [8]. Au niveau de la méthodologie, c’était aussi intelligent que d’étudier la maladie d’Alzheimer sur la base d’une population de nourrissons, ou encore l’endométriose dans une population contenant deux tiers d’hommes…

Une lecture « savante » de l’article révélerait d’autres perles, mais il suffira au « blaireau de base » de se reporter au communiqué de la Commission nationale de pharmacovigilance daté de février 2000, qui proclame textuellement (c’est moi qui souligne) :

« La présence de nombreux problèmes méthodologiques doit faire considérer les résultats de cette étude avec beaucoup de circonspection (absence de discussion sur la comparabilité entre les groupes, pas de prise en compte de facteurs de confusion, pas de validation des diagnostics, puissance très limitée, discordances majeures entre l’article publié dans Nature Medicine et le rapport préliminaire…). Ces défauts rendent cette étude très critiquable et ont fait rejeter la prise en compte de ces résultats dans l’évaluation. »

Tout en appréciant une nouvelle fois l’inénarrable gloubi-boulga de la pharmacovigilance quand il s’agit de tourner autour du pot pour éviter les mots qui fâchent (qu’est-ce que « rejeter la prise en compte de résultats dans l’évaluation » par rapport à « rejeter les résultats », voire tout simplement : « rejeter l’étude » ?), il est difficile de ne pas entendre que la première étude épidémiologique consacrée à un risque déjà fort palpable depuis près de dix ans ne vaut pas un clou [9].

Le communiqué de février 2000 renvoie explicitement à un compte rendu antérieur d’un an et demi (septembre 1998) concernant cette même étude (c’est toujours moi qui souligne) :

L’étude menée par le laboratoire SmithKline Beecham sur une cohorte de 134 698 personnes (dont 27 229 personnes vaccinées) n’a pas mis en évidence d’augmentation du risque. Cependant la méthodologie de cette étude a été critiquée, notamment sur les points suivants : i) absence claire de spécificité dans la définition des cas, menant à un taux d’incidence de l’ordre de 40 sur 100 000 chez les non vaccinés, surestimant d’un facteur 10 l’incidence réelle ; ii) analyse présentant des biais majeurs. »

Il suffit d’avoir un minimum de familiarité avec la recherche pharmaceutique pour comprendre la portée de ces deux comptes rendus.

  • Une « étude » où l’incidence spontanée de la pathologie étudiée a été multipliée par dix [10], qui comporte pas un (ça peut arriver) mais DES biais – « majeurs » de surcroît – et dont les résultats varient au cours du temps, c’est une étude qui sent très très mauvais.
  • Mais le plus fort reste à découvrir : dans son premier compte rendu (à la différence remarquable du second), la Commission nationale de pharmacovigilance ne se réfère jamais à l’étude en nommant ses auteurs (Zipp et coll. en l’occurrence) mais en évoquant « l’étude menée par le laboratoire SKB ».

Par conséquent :

  • Nous sommes donc confrontés à une étude commanditée, dirigée et, forcément, financée par le fabricant, alors que, contrairement à la règle, la version finale publiée dans Nature Medicine ne fait aucune allusion ni au leadership de ce fabricant [11], ni – encore moins – à un quelconque rôle de ce dernier dans le financement de l’étude. Nous sommes aux antipodes de toutes les bonnes pratiques de publication.
  • La mention in extremis dans les signataires de deux universitaires dont on n’avait encore jamais entendu parler (Zipp et Einhaüpl) évoque immanquablement le spectre du « ghostwriting » (écrivain fantôme), c’est-à-dire d’une signature factice (moyennant finances, généralement) visant à dissimuler que le travail publié dans Nature Medicine a été entièrement réalisé par le fabricant… D’autres indices convergent pour crédibiliser la piste des signataires fantômes :
    • L’étude ayant été menée à partir de deux bases américaines, on comprend mal qu’il ait fallu aller chercher deux Berlinois pour la réaliser, alors qu’il y a aux USA des dizaines de bons spécialistes parfaitement rodés à ce type de travail.
    • Les deux signataires berlinois affichent une compétence de neurologues qui n’est pas, a priori, celle qu’on va chercher en priorité quand on veut réaliser une étude pharmaco-épidémiologique de ce type.
    • En revanche, ce que la Commission nationale de pharmacovigilance liste parmi les insuffisances les plus dirimantes de l’étude – pas de spécificité dans la définition des cas, pas de validation des diagnostics – renvoie précisément à ce qu’on aurait DÛ éviter grâce à la contribution clinique de neurologues participant à une étude pluridisciplinaire (requérant – par ailleurs et avant tout – une bonne maîtrise des bases de données et des statistiques). De telle sorte que même dans l’hypothèse où les deux signataires berlinois n’auraient pas été des auteurs fantômes, ils n’ont pas assuré dans l’étude le rôle le plus naturel qu’on eût attendu de deux cliniciens neurologues – ce qui revient exactement au même.

Au total, il existe une convergence d’indices clairs, précis et concordants [12], suggérant que la première publication sur le risque neurologique de la vaccination contre l’hépatite B n’est rien d’autre qu’un faux – et un faux grossier de surcroît. Nous ne sommes pas exactement dans la thèse du « complot » chère à Madame Buzyn (cf. plus haut) : seule une convergence aussi démonstrative d’irrégularités majeures peut expliquer que la pharmacovigilance « officielle » ait eu l’audace – exceptionnelle [13] dans ma longue expérience – de déclarer cette étude purement et simplement irrecevable. À ce stade, donc, et n’en déplaise aux pourfendeuses de complot, mon analyse de cette étude Zipp et coll. coïncide avec celle de la pharmacovigilance « officielle » : elle est juste bonne à mettre à la poubelle.

Un tripatouillage historique

Il n’est pas exact que la pharmacovigilance française manque de créativité : avec elle, on n’est jamais certain d’avoir atteint de dernier degré d’abjection scientifique ou éthique, et le vieux principe se voit quotidiennement défié qu’il serait impossible de descendre plus bas quand on a touché le fond… Déjà gratinée en matière de malversations (cf. mon précédent article), la gestion « officielle » de la surveillance après commercialisation des vaccins contre l’hépatite B allait bientôt atteindre un sommet grâce à cette étude de Zipp et coll.

À l’été 2004, paraissent (Neurology 2004 ; 63 : 838-42) les résultats de l’étude regroupant autour de l’Américain Hernan des pharmaco-épidémiologistes parmi les plus réputés au monde (notamment H. Jick et sa fille) : ils sont accablants (les résultats, pas les auteurs…). Il ne s’agit que de la onzième « étude » épidémiologique consacrée à la toxicité neurologique des vaccins contre l’hépatite B, mais la panique qui s’empare des autorités est une confirmation de ce que j’ai constamment soutenu depuis cette date : à savoir que cette étude de Hernan et coll. est, de loin, la meilleure et la plus crédible de toutes celles déjà parues sur le sujet. Parmi les autres indicateurs fort convergents du potentiel explosif de cette étude :

  • sauf erreur de recensement, c’est la seule à avoir fait l’objet d’un financement indépendant des fabricants ou des administrations promotrices de la vaccination contre l’hépatite B ;
  • alors que comme on l’a déjà relevé, les autorités « officielles » françaises avaient mis quelque quatre ans avant de se plonger dans les données de pharmacovigilance pourtant alarmantes qui leur avaient été communiquées en 1991 par le fabricant, il leur suffit cette fois d’une journée pour organiser une réunion extraordinaire, et d’une semaine pour rédiger un communiqué présentant leur contre-analyse : il y a clairement le feu [14].

C’est aussi lors des grands incendies que se révèle la vraie nature de ceux qui entendent sauver leur peau coûte que coûte : ce n’est pas le comte Robert de Montesquiou qui m’aurait contredit [15].

Mais la crapulerie suprême de la pharmacovigilance officielle allait se révéler au constat que dans leur précipitation à organiser un contre-feu coûte que coûte, les responsables avaient tout naturellement réintégré l’étude de Zipp et coll. dans leur recensement des études supposées, par leur nombre, réfuter l’étude de Hernan et coll. – bien que, j’y insiste, cette étude ait été jusqu’alors formellement « rejetée » par les mêmes responsables (cf. ci-dessus).

L’attention du lecteur est tout particulièrement attirée sur la portée d’un retournement aussi incroyable. Alors que lors la première présentation de l’enquête nationale de pharmacovigilance, les rapporteurs s’étaient attachés à occulter et falsifier les données alarmantes qui leur avaient été réglementairement transmises par le fabricant, on était désormais arrivé à une situation exactement réciproque : les responsables de la pharmacovigilance « officielle » recyclant dans leurs données une étude exagérément rassurante du fabricant qu’ils avaient initialement traitée comme un faux, à seule fin de réfuter les résultats effectivement très inquiétants d’une équipe indépendante, éminente et dont la probité intellectuelle n’avait (à ma connaissance) jamais été remise en question…

Évidemment indigné, je pris ma plus belle plume pour m’adresser directement au Prince des « chevaliers de la Pétoche » (cf. ci-dessus, en note) – Marimbert, alors directeur général de l’AFSSAPS – et lui demander de justifier un retournement de veste aussi inconcevable. Fort benoîtement, ce dernier me répondit que la prise en compte de cette étude s’imposait du seul fait qu’elle avait été publiée… Mais si le seul fait d’avoir été publiée justifiait l’intégration – sans la moindre mise en garde – de cette étude dans le regroupement des investigations supposées, par leur nombre, réfuter les résultats récents, se posait immédiatement une autre question que Marimbert se gardait bien d’évoquer : pourquoi avoir, dans le regroupement opéré par les « officiels » de la pharmacovigilance, intégré également des études qui, elles, n’avaient PAS été publiées ?

  • On y trouvait notamment un travail signé par Costaglia (1998) et un autre par Abenhaïm et coll. (1998) qui, malgré tous les efforts de leur promoteur (l’administration sanitaire française), n’avaient jamais trouvé preneur dans la moindre revue nationale ou internationale.
  • Fait de travaux publiés ou non, le regroupement opéré par la pharmacovigilance française mélangeait indistinctement, dans un mouvement de grand n’importe quoi, des investigations (cas/témoins, cas-crossover, cohorte, capture-recapture) dont les méthodologies n’avaient strictement rien à voir les unes avec les autres et dont la seule pertinence reconstituable pour l’espèce tenait à ce que chacune pouvait être interprétée comme exonérant la vaccination [16].
  • Quitte à intégrer dans ce regroupement des travaux non publiés, les autorités eussent pu faire allusion à ceux qui, comme par hasard depuis le lancement de la vaccination « universelle », faisaient état d’une inquiétante augmentation des pathologies neurologiques (dont les scléroses en plaques) prises en charge par l’assurance maladie au titre des « affections longue durée » (ALD).

On était là dans l’illustration typique de la propension relevée plus haut, à savoir que, quel que fût le fond d’ineptie qu’elle avait déjà atteint, notre pharmacovigilance pouvait toujours descendre encore plus bas sans aucun effort apparent. Car, outre le ridicule intrinsèque à faire de la publication un critère justifiant l’intégration d’un faux publié à une série comportant des investigations inexplicablement NON publiées, il s’avère qu’en se prévalant publiquement de telles investigations, l’administration sanitaire s’était mise, une fois encore, en infraction avec la réglementation qu’elle avait elle-même concoctée, à savoir que les auteurs d’informations « pertinentes » sur les effets indésirables devaient « s’astreindre » à les diffuser « sous forme de publications de bonne qualité » [17]. La portée de ce prérequis était d’autant moins contestable que son inspiration était parfaitement congruente avec celle de la brochure Publicité et bon usage également publiée par l’Agence six mois plus tard (juin 1995) qui spécifiait sans la moindre ambiguïté que pour pouvoir être utilisées publiquement, les études post-AMM (c’est-à-dire l’intégralité des études regroupées par la pharmacovigilance « officielle » pour contrer celle de Hernan et coll.) « [devaient] avoir été publiées dans une revue à comité de lecture » (p. 23)…

Un « complot » d’anti-vaccinalistes, vous dis-je...

Autres études

Une fois ainsi démontrée – grâce à l’étude de Zipp et coll. – la parfaite mauvaise foi de la pharmacovigilance française et afin de ne pas surcharger le « blaireau de base » cher à mon cœur, je me contenterai d’un seul exemple complémentaire qui, cette fois, n’implique pas la récupération officielle d’un faux réalisé par un fabricant, mais la falsification non moins officielle d’une étude conçue et menée par le gratin de la neurologie et de l’épidémiologie française. Il s’agit de l’étude de Touzé et coll. finalement publiée dans Revue Neurologique en 2000 (156 : 3, 242-246), mais dont la Commission nationale de pharmacovigilance s’était prévalue dès le 23/09/98 – une fois encore en parfaite infraction avec le prérequis d’une publication « de bonne qualité » avant toute utilisation publique [18].

Pour aller à l’essentiel, les auteurs concluaient, dès le résumé, que « leurs résultats ne permettaient pas d’exclure avec certitude une association entre la vaccination contre l’hépatite B et la survenue d’un premier épisode de démyélinisation du système nerveux central » : ce n’était pas franchement rassurant relativement à une vaccination qui, selon les estimations de l’administration sanitaire, avait concerné 34 à 45% [19] de la population française dont environ 9 millions d’enfants de moins de 15 ans.

En fait et à y regarder de plus près, « la probabilité de détecter un risque relatif de 2 était égale à 35 p. 100 seulement ». Traduisons : à supposer que la vaccination contre l’hépatite B eût le potentiel de doubler le risque de sclérose en plaques – et donc de causer un drame quantitativement considérable dans une population de vaccinés estimée, à la louche, entre 20 et 27 millions de Français (dont pas mal d’enfants) – l’étude avait deux chances sur trois de NE PAS détecter ce risque : on était bien dans les détestables excès du « principe de précaution » tels que sévèrement dénoncés par des sociologues aussi appréciés de Big Pharma que G. Bronner…

In fine, cette étude objectivement conçue pour maximiser les chances NE PAS détecter un terrible problème de santé publique [20], fut essentiellement médiatisée comme exonérant la vaccination contre l’hépatite B, la langue de bois des eunuques et de leurs amis se contentant d’accréditer un excès de scrupule éminemment « scientifique » en précisant que « un risque faible ne peut pas être exclu ». Un risque « faible » de juste trente mille cas supplémentaires…

Précisons pour finir que malgré la gravité de l’alerte lancée par le fabricant depuis une dizaine d’années et sa portée en termes de santé publique, les auteurs avaient dû recourir… à ce même fabricant pour financer leur étude : il n’était pas précisé ce que les fonds aussi généreusement alloués par le fabricant représentaient, en pourcentage, par rapport à l’argent qu’il avait gagné grâce à cette vaccination… Dans la perspective désormais classique de « satisfaction » du client, on ne sait pas s’il a été mené une telle enquête pour savoir si le fabricant a été satisfait de la façon dont ses sous ont été utilisés…

Retour sur l’enquête nationale de pharmacovigilance

Je craindrais de lasser mes lecteurs en accumulant d’autres exemples du travail d’occultation et de falsification poursuivi par les responsables de l’enquête nationale, sous les bravos du REVAHB, dont les responsables ne se sentaient plus de fierté à l’idée qu’en sus du désordre insensé lié à l’hétérogénéité des sources statutaires de la pharmacovigilance « officielle », on allait ajouter – selon des procédures encore plus vagues, édictées pour l’occasion par les grands experts de l’AFSSAPS (de nouveau en infraction avec les réglementations internationales) – les données collectées plus ou moins au hasard par l’association…

À ce désordre organisé dans le recueil des données (« je prends cette observation/ je la prends pas – ou pas complètement »), les responsables de l’enquête allaient ajouter les moyens d’en brouiller l’analyse par le fameux procédé du coupage de cheveux en quatre : l’objectif final étant, toujours, de dilacérer l’évidence épidémiologique [21].

Il s’avère, en effet, que la mise en garde originelle de Zuckerman concernait le risque qu’un vaccin contre un virus connu pour son potentiel de déclencher naturellement des réactions auto-immunes ne soit lui-même capable de provoquer de telles réactions [22]. Or, pour quiconque (aussi profane en infectiologie que l’auteur de ces lignes) s’intéressant à la tolérance de cette vaccination, il était frappant depuis le début que le spectre d’effets indésirables rapportés après cette vaccination mimait d’impressionnante façon la liste des manifestations naturelles de la maladie, notamment celles auxquelles les manuels de pathologie se référent classiquement sous la rubrique « manifestations extra-hépatiques de la maladie » [23].

C’est pourquoi il convient d’interpréter comme une falsification parmi d’autres la propension des rapporteurs de l’enquête nationale à distinguer arbitrairement entre atteintes démyélinisantes, maladies auto-immunes, atteintes hématologiques, atteintes auditives, scléroses latérales amyotrophiques (communiqués de mars 2001 et de mai 2002) : dans une logique « scientifique » (et à rebours de l’« idée reçue » qu’il n’y avait vraiment pas de quoi faire un foin avec tout ça), qu’est-ce qui permet, par exemple, d’insinuer que les atteintes démyélinisantes ou les atteintes hématologiques ne seraient pas d’origine auto-immune ?

L’intérêt d’une stratification aussi fallacieuse est facile à reconstituer.

  • Elle permet, en fonction de l’actualité, de détourner l’attention du problème central posé dès 1975 par Zuckerman, en une multiplicité de sous-problèmes qui excitent les associations de victimes en faisant perdre de vue l’essentiel : la « myofasciite à macrophages » est un cas d’école, qui a permis de mobiliser les énergies – et de faire oublier que les questions posées depuis 1975 étaient dramatiquement restées sans réponse – avant de se voir écartées en cinq lignes, mais de façon irréfutable, par le rapport Fischer, au grand dam des débiles qui, tout à l’obsession de se voir « reconnus », se prévalaient d’avoir « joué le jeu ».
  • Elle évite d’affronter dans sa terrible globalité le problème de santé publique posé par cette vaccination. Lorsque, après des milliers d’heures consacrées au problème, sur la base d’indices convergents mais jamais considérés ensemble [24], je soutiens que le nombre total de victimes doit dépasser cent mille personnes en France, j’y inclus évidemment toutes celles qui sont sorties des écrans grâce aux tripatouillages des autorités.

Tiré de l’expérience, l’exemple suivant illustre les conséquences de toutes ces manipulations. Une de mes jeunes collègues, professionnelle de santé elle aussi, me parlait souvent de sa fille, atteinte précocement d’une terrible dermatomyosite, pathologie auto-immune s’il en fut. Régulièrement, après s’être confiée à moi sur l’évolution clinique de l’enfant, elle ne pouvait s’empêcher de me poser la question : « ça ne peut pas être une conséquence de sa vaccination contre l’hépatite B, n’est-ce pas ? », à quoi je me contentais de répondre vaguement. En réalité, il va de soi que la vaccination avait parfaitement ce potentiel de provoquer une telle maladie et que le cas de sa fille n’était pas le premier. Pour finir, la malheureuse gamine est décédée après une enfance en forme de martyre, dont l’essentiel a été pris en charge à l’hôpital Necker – Temple de la pédiatrie française [25] – sans que jamais l’hypothèse d’une étiologie vaccinale n’ait été sérieusement considérée et, encore moins, notifiée aux autorités au titre des obligations de pharmacovigilance supposées s’imposer à tout professionnel de santé (art. R. 5121-170 du Code de la santé publique). Voilà typiquement la façon dont la communication parfaitement mensongère des autorités empêche la constitution de « séries » qui, avant même la moindre « étude » tant soit peu formalisée, permettraient à tout le moins de suspecter qu’il pût y avoir le moindre problème avec cette vaccination : je mets ma main à couper qu’à la prochaine présentation d’un tableau clinique peu ou prou superposable, aucun de mes éminents condisciples de là-bas n’aura l’idée d’enquêter sur les antécédents vaccinaux de l’enfant…

Dans leur gestion d’une enquête nationale lancée le 01/06/1994, les rapporteurs rappellent un peu l’histoire de ce meunier benêt et radin qui, par souci d’économie, avait décidé d’habituer son âne à ne plus manger : il était sur le point de réussir… quand ce con d’âne est mort ! C’est un peu ce qui s’est passé avec la vaccination contre l’hépatite B : partis d’une série d’observations d’autant plus inquiétante qu’elle était sous-tendue par une plausibilité biologique effrayante, les rapporteurs n’ont cessé de raboter l’évidence, coupant par-ci, occultant par-là, falsifiant ici et là, tout en répétant à chaque réunion qu’il n’y avait rien de neuf depuis la réunion précédente qui (même après l’étude de Hernan et coll. manifestement TRÈS dérangeante : cf. ci-dessus) avait elle-même proclamé une absence de fait nouveau en conformité avec celles qui étaient venues encore avant. Et à la fin, pschitt – comme aurait dit Chirac : plus aucune raison de poursuivre l’enquête, le risque post-vaccinal était tout simplement sorti des écrans.

« Par conséquent, la Commission Nationale a proposé, à l’unanimité, de mettre un terme à une surveillance renforcée des effets indésirables post-vaccinaux (…) » (c’est moi qui souligne…).

Une fois notée la rhétorique de déduction implacable (« par conséquent »), grosse récompense à qui peut dire, sur la base des données reproduites ici, ce qu’il y a pu avoir de « renforcé » dans la surveillance de la vaccination contre l’hépatite B…

La communication des autorités

Sans qu’il soit utile à cet endroit d’ergoter sur les détails (ou les éventuelles exceptions), la Figure 1 suggère que la surveillance après commercialisation est la source la plus naturelle de la communication commerciale sur une spécialité pharmaceutique une fois l’AMM obtenue. Une fois encore, l’histoire de la vaccination fournit un cas d’école et, par sa portée, un seul exemple suffira.

Le 14/11/2002, à l’instigation de parties civiles dans l’instruction en cours sur la vaccination contre l’hépatite B, un très volumineux (et très confidentiel) pré-rapport que j’avais remis au juge d’instruction quelques jours auparavant fait l’objet d’une certaine médiatisation. Dans l’ensemble, la presse [26]) joue parfaitement son rôle d’occultation, voire de censure : mais, au moins fugitivement, il est fait état de ce rapport dans divers médias, et on en cause ici et là. Dès le mois de décembre, par la voix de L. Abenhaim alors directeur de la Direction Générale de la Santé, l’administration sanitaire fait état d’un projet de « réunion internationale de consensus » afin de répondre aux critiques sévères portées – on se demande bien par qui – sur sa gestion du problème hépatite B (Le Figaro, 18/12/2002).

Début septembre 2003, après un silence radio de plusieurs mois, j’apprends par la bande que ladite conférence de consensus va se dérouler seulement quelques jours plus tard. Il faut déjà prendre la mesure du problème : alors que le principe d’une conférence de consensus est d’organiser une sorte de « procès » public pour échanger contradictoirement sur un sujet technico-scientifique controversé :

  • j’avais été tenu dans une parfaite ignorance de celle-ci pourtant directement inspirée par l’urgence de réfuter MON pré-rapport ;
  • aucun des « experts » invités (dont les membres de la pharmacovigilance « officielle » en charge du dossier) n’avait jamais émis la moindre critique sur la politique vaccinale française en matière d’hépatite B, la charité empêchant par ailleurs de recenser les conflits d’intérêts de la plupart d’entre eux : on était bien dans un souci forcené du contradictoire ;
  • stipulés avec précision par l’ANAES dès 1999, tous les principes supposés gouverner l’organisation d’une telle réunion avaient été grossièrement bafoués.

L’administration sanitaire aurait voulu valider la pertinence et la portée de mon pré-rapport qu’elle ne s’y serait pas prise autrement : dis-moi jusqu’à quel point tu falsifies et je te dirai si c’est grave…

Mais la désopilante propension de la pharmacovigilance à tomber toujours plus bas que le fond qu’elle a déjà atteint allait trouver une nouvelle et tragi-comique illustration. Un an plus tard, en effet, la publication de l’étude d’Hernan et coll., elle aussi accablante à sa façon (cf. plus haut), allait susciter une nouvelle panique à la Commission nationale de pharmacovigilance. Ni une ni deux : le principe d’une nouvelle conférence de consensus allait être une fois encore arrêté.

Bien que selon le Parquet du Pôle santé, pieusement relayé par la presse indépendante (Le Parisien, 04/01/16), je sois juste une sorte de paumé de la vie objectivement frustré car dépourvu de toute compétence d’espèce, il s’avère qu’à cette époque, le ministre de la santé en exercice m’avait laissé son numéro de téléphone direct – on se demande bien pourquoi. Extrêmement préoccupé par les conséquences sanitaires de la nouvelle falsification que je voyais se mettre en place (après la démonstration d’un triplement du risque de sclérose en plaques), je me résolvais à l’appeler (ce fut la seule fois où je le fis car, à la différence d’Irène Frachon, je me méfie énormément de ces fausses familiarités). Je n’eus aucune peine à le convaincre que les conditions procédurales pour organiser une nouvelle conférence de consensus ne pouvaient pas être réunies en un si bref délai, et que cette nouvelle démonstration de mauvaise foi, succédant à celle de septembre 2003, allait quand même faire désordre. En un rien de temps, le projet initial de « conférence de consensus » se voyait rebaptisé en Audition publique, et c’est ici que les choses se corsent.

Alors qu’un an auparavant, les responsables de la Commission n’avaient pas jugé utile de m’inviter à venir défendre MON pré-rapport, ils me harcelèrent à mon domicile jusque tardivement dans la soirée pour obtenir la promesse que j’allais participer à cette audition, centrée sur une contribution américaine dans laquelle JE n’avais joué aucun rôle… Je répondis posément que je n’avais aucune raison de venir bâcler en 10 minutes une communication sur les milliers d’heures de travail que j’avais consacrées au problème ; avec une spontanéité désarmante illustrant la dévotion que cette éminente responsable de l’AFSSAPS portait aux procédures et aux règlements, mon interlocutrice m’enjoignit de venir en m’assurant qu’elle me laisserait le temps de parole dont j’estimais avoir besoin !

Bien entendu, je ne modifiai pas ma position…

Toujours plus bas que le fond du trou déjà creusé au fond d’un précédent trou : malgré cette défection qui n’était pas de dernière minute (surtout pour qui, dont mon interlocutrice, me connaissait un peu), le programme distribué aux participants le jour dit mentionnait toujours mon intervention… La leçon de cette histoire repose sur l’expérience et non sur la théorie du complot chère à Madame Buzyn : à mes yeux, il était évident qu’en battant le rappel de tout le monde (et faisant croire que tout le monde avait participé), les autorités françaises voulaient accréditer que l’audition publique s’était déroulée le plus démocratiquement possible. Connaissant les pratiques habituelles d’opacité et d’occultation des responsables, j’en déduisis que les conclusions de cette Audition publique avaient été rédigées à l’avance et qu’il s’agissait simplement de faire accroire qu’elles s’imposaient forcément puisque issues d’un processus où le contradictoire semblait avoir été dûment respecté.

Même le profane qui lit le présent article aura parfaitement reconnu la dynamique de la « consultation nationale » dont, en juin dernier, est sortie – démocratiquement bien sûr – la recommandation d’élargir les obligations vaccinales [27]. Et il comprend mieux pourquoi, dès la mission Hurel et sans la moindre obsession « complotiste », j’avais spontanément classé ma documentation à sujet sous l’onglet « Propagande » de mon dossier Vaccinations. Juste une question d’expérience, mon cher Watson…

Selon la sagesse populaire Les menteurs ne sont jamais crus, même quand ils disent la vérité. Avec l’administration sanitaire française et, tout particulièrement, avec la pharmacovigilance « officielle », l’adage serait plutôt : même quand ils affectent de dire la vérité (la vérité « scientifique », s’il vous plaît), les menteurs ne peuvent jamais s’empêcher de mentir…

Et grossièrement, en plus.

Récapitulatif

  • Précisément centré sur la date (15/01/94) de la première présentation de l’enquête nationale de pharmacovigilance, le point de vue du précédent article pouvait être qualifié de synchronique. Dans une perspective cette fois diachronique, le présent article s’est attaché à saisir la dynamique temporelle de la surveillance assurée par la pharmacovigilance française depuis l’introduction sur le marché de la vaccination contre l’hépatite B. Il est frappant que l’élargissement du champ d’observation entre ces deux articles se soit - parallèlement - soldé par une multiplication des preuves attestant les malversations de la pharmacovigilance "officielle"...
  • L’analyse des communiqués diffusés par les autorités – facilement disponibles – permet de reconnaître, sur la durée, exactement les mêmes procédés d’occultation et de falsification auxquels elles s’étaient adonnées en ce premier jour de leur analyse. Leur persistance, voire leur aggravation au cours du temps ne permettent pas de retenir l’hypothèse bienveillante d’une panique réactionnelle dans une situation transitoire de crise. Au contraire, la réitération des adultérations opérées, malgré leur grossièreté, par la pharmacovigilance officielle crédibilise la gravité de la situation sanitaire sous-jacente : il est facile de comprendre que, par son ampleur et par les révisions déchirantes qu’elle imposerait, cette situation est ingérable par les autorités (d’où leur actuelle fuite en avant).
  • Autre élément à charge : la communication assurée par les autorités sur cette vaccination, dont la crapulerie ressort des deux réunions « de consensus » organisées – si l’on peut dire – en septembre 2003 puis en novembre 2004 au mépris de toutes les procédures officiellement reconnues en pareille matière.

Conclusion : et, pendant ce temps-là, les Shadocks creusaient, creusaient…

Une fois encore (et même de façon de plus en plus insistante), la question se pose : de toutes ces infractions ou tromperies si facilement documentables et dont la gravité saute aux yeux du moindre blaireau de base, est-il possible, est-il même concevable que les magistrats pourtant « spécialisés » du Pôle santé n’aient RIEN retenu pour fonder autre chose qu’un non-lieu ? Était-ce si difficile – ou si onéreux [28] – d’user des pouvoirs de l’instruction pour sommer Zipp et ses cosignataires de justifier précisément leur participation respective à la première étude publiée sur le risque neurologique de la vaccination contre l’hépatite B ? Était-ce si difficile d’associer aux juges « spécialisés » du Pôle santé le comité éditorial de Nature Medicine, ainsi que l’équipe des inspecteurs de l’AFSSAPS, afin de faire la lumière sur l’historique de cette étude en ses divers états ?

Alors que, par ses évidents excès (dont le recyclage en argument "scientifique" d’un faux caractérisé en vue de réfuter la réalité d’un risque neurologique monstrueux) et par sa durabilité, le comportement des autorités sanitaires françaises devrait avoir valeur de preuve, celles-ci sont parvenues à rétrograder au niveau d’un complot anti-vaccinaliste le constat objectif de leurs malversations pourtant insignes. Il sera difficile aux citoyens d’inverser la tendance sans un minimum de conscientisation politique

[1] En précisant à l’usage de la Ligue Nationale pour la Liberté des Vaccinations (la LNPLV, qui l’ignore encore après plus de 60 ans d’existence) qu’un vaccin EST, ô combien, un médicament (et que, par conséquent, cette Figure 1 est parfaitement pertinente pour n’importe quel vaccin)…

[2] En précisant, once again et à l’usage des mêmes, que les textes en vigueur donnent tout pouvoir à l’administration sanitaire pour contrôler jusqu’à la communication du marketing, et en sanctionner les éventuels débordements. D’où la question : qui est le premier responsable d’une publicité mensongère en matière pharmaceutique ?

[3] C’est un point central (et, on le verra dans un article ultérieur, central pour l’espèce) : une étude portant sur une extension d’indication ou sur une nouvelle indication renverrait à la partie gauche du schéma, à savoir aux évaluations avant AMM.

[4] L’une des débilités, parmi bien d’autres, du système français de pharmacovigilance (que le monde entier est supposé nous envier) tient à ce qu’il mêle indissolublement les notifications spontanées et les observations colligées par les centres régionaux de pharmacovigilance, la dynamique des secondes n’ayant rien à voir avec celle des premières et permettant toutes sortes de torsions téléguidées par les autorités (ou par les imbéciles d’un milieu qui n’en manque pas, qui transforment en problème de santé publique leurs obsessions personnelles).

[5] Pour être plus précis : au titulaire de l’AMM, lequel n’est pas forcément le fabricant, comme illustré par l’exemple de Tamiflu, fabriqué par l’Américain Gilead, mais commercialisé en Europe par le Suisse Roche.

[6] Tel que pourrait le faire, par exemple (c’est une supposition…), un spécialiste de pharmacovigilance, bon connaisseur de l’industrie pharmaceutique, chargé (je dis ça au hasard) d’une mission judiciaire dans le cadre d’un Pôle santé animé par des juges aussi « spécialisés » que compétents et par des procureurs aussi intransigeants que rigoureux…

[7] « Relativement » parce que publiée par Nature Publishing Group qui tire sa réputation d’inclure Nature dans ses titres : l’article dont nous parlons ici atteste qu’en dépit de ce respectable patronage, on peut trouver dans ce journal des trucs qui ne cassent pas trois pattes à un canard.

[8] Car, nonobstant les fallacieuses réassurances de l’INSERM à ce sujet, il s’avère que depuis l’universalisation de la vaccination contre l’hépatite B, les pathologies démyélinisantes concernent bel et bien désormais les bébés et les petits enfants.

[9] Dans la rubrique « Les eunuques sont mes amis et je fais tout pour leur complaire – dans les limites de leurs possibilités, bien sûr », nouvelle mention spéciale pour la LNPLV dont la revue trimestrielle et quadrichrome a publié une critique aussi implacable que doctement statistique des pauvres couillons qui prétendaient s’autoriser d’un tel communiqué officiel pour soutenir que l’étude de Zipp et coll. était juste une merde. Pour rester dans la métaphore sexuelle, rappelons que la masturbation rend sourd : c’est probablement la raison pour laquelle la mise en garde inhabituellement franche de la pharmacovigilance « officielle » n’avait pas été entendue…

[10] Dans une politique de vaccination « universelle », un simple doublement de l’incidence chez les vaccinés serait déjà largement suffisant pour rendre compte d’un drame majeur de santé publique : en multipliant par dix l’incidence de base, les investigateurs se sont laissé une sacrée marge pour occulter jusqu’à une catastrophe.

[11] Ininterprétable en l’état, la seule allusion de l’article au fabricant consiste à mentionner l’appartenance à la firme d’un des trois signataires.

[12] Auxquels s’ajoutent d’autres insuffisances qui relèveraient, elles, d’une analyse plus « savante » de l’étude.

[13] Audace exceptionnelle, mais transitoire : cf. plus bas.

[14] Surtout compte tenu de la procrastination congénitale de ces mêmes autorités pour affronter les vrais problèmes…

[15] Dandy excentrique ayant en grande partie inspiré le personnage de Charlus dans La Recherche du temps perdu, Montesquiou fut accusé d’avoir violemment joué de sa canne contre les femmes et les enfants pour atteindre la sortie lors de l’incendie du Bazar de la Charité, le 04/05/1897 : on dénombra 126 victimes de la meilleure société, en grande majorité (95%) de sexe féminin. En cette époque préhistorique où l’on ne connaissait pas encore l’acharnement de Françoise Héritier et de ses disciples à nier toute innéité dans la différence des sexes, la presse, indignée, déplora que la majorité des hommes présents aient usé de leur force virile pour s’ouvrir la voie au détriment du sexe faible, et consacra Montesquiou parmi « les chevaliers de la Pétoche ».

[16] Interprétation d’autant plus problématique, de surcroît, que, pour certaines d’entre elles, à commencer par la première (Touzé et coll., 1997), l’absence de significativité statistique, abusivement médiatisée comme suggérant l’absence de lien, tenait exclusivement à la faiblesse des effectifs inclus.

[17] Agence du Médicament. Bonnes pratiques de pharmacovigilance, décembre 1994 : p. 28.

[18] Savoir si la franco-française Revue Neurologique était, effectivement, un journal « de bonne qualité » serait une bonne question, mais qui compliquerait le débat.

[19] À elle seule, l’incongruité de cette estimation (dont tous les chiffres sont donnés comme significatifs malgré un éventail d’incertitude de près de 30%) en dit long sur la culture scientifique des responsables…

[20] En s’en tenant aux estimations minimalistes du premier rapport de l’enquête nationale évaluant à environ 30 000 malades le nombre de sclérosés en plaques dans la population de base (non vaccinée), un doublement du risque se traduirait par environ trente mille nouveaux cas de sclérose en plaques dans une perspective de vaccination « universelle »…

[21] Disponibles sur Internet, les dictionnaires de synonymes mentionnent « enculer les mouches » au rang des équivalents de « couper les cheveux en quatre » : toujours soucieux (comme le savent mes fidèles) de cohérence stylistique, j’hésite à employer l’expression dans un article consacré à des eunuques…

[22] C’était assez logique : si, par ses antigènes, le virus de l’hépatite B était à même de provoquer des réactions d’auto-immunité, ce n’était pas faire dans « le complot » de craindre qu’administrés via un vaccin et avec le secours d’éventuels d’adjuvants, les mêmes antigènes ne déclenchent les mêmes réactions chez les vaccinés…

[23] Pour ne point parler des manifestations hépatiques : sauf erreur de référencement, j’ai été l’auteur de l’expertise qui a permis la première indemnisation d’un jeune homme atteint d’une hépatite auto-immune après vaccination contre l’hépatite B.

[24] Et quitte à déplaire aux « invraisemblables con(ne)s » qui grenouillent dans les associations en proclamant que le meilleur moyen de se voir « reconnaître », c’est de ne pas lancer le bouchon trop loin.

[25] Mais également de l’hormone de croissance…

[26] Notamment le journal Libération, jamais en retard d’une interview complaisante de la pharmacovigilance « officielle ».

[27] Alors que, rappelons-le à l’usage de ceux qui l’ignorent encore, la véritable recommandation des participants a été exactement inverse.

[28] Par rapport à tout l’argent dilapidé en investigations aussi dilatoires que jamais suivies d’effet, dans cette instruction comme dans tant d’autres. Il est parfaitement faux que l’incurie objective du Pôle santé soit imputable au refus des moyens nécessaires pour la réalisation de ses missions : l’allocation de moyens nouveaux a surtout été une occasion d’ordonner de nouvelles expertises à seule fin de ne rien faire en attendant. Comme illustré par mes deux derniers articles, l’intérêt judiciaire de la pharmacie industrielle, c’est qu’elle renvoie à un monde saturé de lois, de règlements et de procédures, de telle sorte que quand il y a eu infraction, il suffit de se baisser pour trouver les preuves : à condition de les chercher, évidemment, et accessoirement d’en comprendre la portée, - "spécialisation" oblige...


Documents joints

Figure 1 : La vie d’un médicament

8 janvier 2018
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