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PMA : propagande médicalement assistée

jeudi 5 novembre 2015 par Marc Girard

RÉSUMÉ - Conçu à l’occasion d’un incident récent illustrant une nouvelle fois l’amateurisme qui semble régner dans le monde de la procréation médicalement assistée (PMA), le présent article propose un bref point sur ces procédures, organisé autour des trois paramètres essentiels : i) efficacité, ii) risques, iii) coût. Une fois établi que la PMA est probablement moins efficace que l’abstention pure et simple, malgré un coût iatrogène et financier pourtant non négligeables, on s’interroge sur les déterminants psychologiques expliquant la propagande de plus en plus insensée dont elle fait l’objet.

Ne serait-ce que par la précipitation des responsables à exclure l’hypothèse d’une « erreur humaine » avant même qu’une enquête n’ait été lancée (Le Figaro, 29/10/15), la destruction accidentelle d’ovocytes congelés jette à nouveau un jour cruel sur la crédibilité des procédures en vigueur dans le monde de la procréation médicalement assistée (PMA). C’est l’occasion pour moi de conscientiser que, hormis de vagues allusions par-ci, par-là, je n’ai jamais consacré le moindre texte à ce sujet, alors que la PMA s’inscrit tout naturellement dans ma réflexion centrée sur la médicalisation en général et sur la brutalisation du corps féminin en particulier.

La raison de cette abstention est au moins double :

  • l’indécence et l’humiliation inhérentes à toutes ces procédures [1] m’ont toujours semblé assez évidentes pour m’inspirer un rejet absolu : dès l’âge de 20 ans, alors que je n’étais pas encore dans la carrière médicale et que je n’avais eu aucune occasion de « tester » ma fertilité, il me paraissait aller de soi qu’aucune stérilité ne pourrait me conduire à m’y plier – avec quelque partenaire que ce soit [2] ;
  • ayant depuis pas mal travaillé sur les fort onéreux produits prescrits dans le cadre de ces procédures, j’ai toujours été frappé par le débraillé méthodologique qui avait présidé à l’évaluation de leur efficacité : sauf erreur d’inventaire, je suis toujours dans l’attente de la seule étude qui serait de nature à documenter de façon tant soit peu rationnelle leur intérêt, à savoir la répartition au hasard de 200 femmes « stériles » [3] (et volontaires) en deux groupes traités en double aveugle, l’un selon les prescriptions classiques de PMA, l’autre par simple placebo, avec comme critère principal le nombre de naissances viables (et non pas le nombre de fécondations ou autres fariboles n’ayant d’autre utilité que de tourner autour du pot) obtenues sur – disons – trois ans. Fondée sur l’expérience et sur des discussions avec des obstétriciens de l’ancienne génération, mon intuition serait qu’à la fin, il y aurait davantage de naissances dans le groupe placebo que dans le groupe traité, avec bien moins d’effets indésirables – pour ne point parler du coût.

Vaillamment, un jeune confrère s’est attaché à une revue informelle des données disponibles. Il est parvenu à un taux d’efficacité ridiculement bas (aux alentours de 16% chez les femmes traitées), qui m’a semblé très plausible : au jugé, j’aurais dit « moins de 20% ».

Je suis moins porté à le suivre, cependant, dans sa conclusion sur l’acceptabilité de la PMA [4], pour diverses raisons :

  • il semble avoir considéré que l’autre option (ne rien faire) se soldait nécessairement par une stérilité durable, alors que (une fois de plus au jugé [5]) j’aurais tendance à penser que le taux de naissances viables chez les femmes « stériles » laissées à elles-mêmes sur 2 à 3 ans doit être d’au moins 20-25% [6] ;
  • en s’en tenant aux seuls effets indésirables notifiés, il a notablement sous-estimé la toxicité réelle de ces traitements terrifiants, tout en ignorant le pronostic pas forcement rassurant des enfants issus de la PMA [7], pour ne point parler des effets psychologiques délabrants de toutes ces procédures sur les femmes traitées, sur leur partenaire ainsi que sur leur vie de couple (l’affaire Hazout n’en fournit qu’une illustration parmi bien d’autres, aussi préoccupantes) ;
  • l’auteur n’a manifesté aucun intérêt repérable pour les questions de coût, pourtant cruciales au regard de traitements dont les résultats sont apparemment pires que la simple abstention : on a déjà eu l’occasion de s’interroger sur les véritables déterminants d’une telle gabegie d’argent public à propos des anti-Alzheimer dont personne ne peut ignorer qu’ils sont strictement inefficaces quoique notablement toxiques ;
  • quant aux aspects moraux, j’ai déjà eu l’occasion de souligner que le pathos éthique qui gouverne les discussions sur les possibles dérapages de ces procédures contribuait avantageusement à dissimuler la question préalable de savoir, tout simplement, si elles étaient dotées de la moindre efficacité décente.

Pour conclure ce bref bilan consacré à une procédure hors de prix probablement moins efficace que l’abstention et indubitablement plus toxique (sur les femmes comme sur les enfants), on me permettra de pointer comme hautement évocateur que, une fois mise au service du « mariage pour tous » et de ses dérivés idéologiques, elle soit présentée comme le nec plus ultra d’une liberté sans limite, quand il est patent qu’elle requiert une allégeance quasi absolue des demandeuses à l’endroit d’un ordre médical machiste, sadique [8] et fondamentalement rétrograde…

À l’instant, je tombe sur un article contemporain, paru dans Madame Figaro (26/10/15) et qui, sur la base d’une enquête ayant porté sur 26 000 personnes issues de 26 pays conclut froidement » : « La France ne fait plus partie des pays les plus épanouis sexuellement ». Allons bon ! Dans un pays qui dépense sans compter pour garantir, au nom de leur « liberté » et de leurs « droits », un accès sans limite des femmes aux gynécologues et aux obstétriciens ?...

Une soumission aussi obstinée à un ordre médical qui contrevient en tout point à leurs revendications « d’émancipation » (pour ne point parler de la simple dignité) finirait par crédibiliser la thèse qu’au fond, il n’y a pas plus férocement misogynes que les féministes...

N’est-ce pas, Simone ?...

[1] Ainsi que, il faut le dire, une certaine défiance quant au narcissisme sous-jacent à la volonté de procréer coûte que coûte.

[2] Depuis lors, ce n’est pas l’affaire Hazout (ces femmes assez obsédées par leur procréation pour accepter de se faire violer – parfois répétitivement – par le Grand Manitou supposé maîtriser la réalisation du fantasme) qui a pu me faire changer d’avis… Soit dit en passant, l’histoire de cette dérive pénale est assez lisible pour autant que l’on s’attache à reconstituer psychanalytiquement les déterminants de la terrible dépossession par laquelle se solde la PMA.

[3] J’ai connu une patiente "stérile" qui a été mariée deux fois et qui, grâce à une PMA aussi intensive que durable (avec cancer de l’ovaire au bout), a triomphalement obtenu un enfant de chacun de ses maris : aucun des deux ne s’est jamais vu prescrire le moindre spermogramme... Expérience "anecdotique" peut-être, mais éloquente ô combien...

[4] Avec une transparence à son honneur, le jeune confrère en question a admis être, avec sa conjointe, lui-même dans un processus de PMA. Son discours (et notamment sa conclusion paradoxale sur l’acceptabilité d’une procédure probablement moins efficace que l’abstention) illustre la notion de « données molles » (Feinstein) – à savoir des données d’épidémiologie ou de recherche clinique dont la signification appelle une interprétation, elle-même vulnérable à toutes les ruses de l’inconscient.

[5] Et sur la base d’observations certes anecdotiques, mais largement suffisantes pour attester qu’une issue « heureuse » n’est en rien exceptionnelle.

[6] J’entends d’ici les ricanements de tous les promoteurs d’une rigueur sélective à l’énoncé des mes estimations "au jugé". Mais on fait avec ce qu’on a : qu’est-ce qui empêche les super "chercheurs" qui tiennent leur aura médiatique de leur pratique en PMA de fournir des données imparables ? On trouvera en PJ un tableau textuellement et fidèlement reproduit du dernier numéro de Gynécologie Obstétrique Pratique (oct. 2015) : il n’y a, en particulier, aucune explication des abréviations, tandis que trois des quatre références ne sont pas listées dans la bibliographie. Qui comprend ce torche-cul ? Qui oserait l’interpréter ?

[7] « Procréation médicalement assistée : des risques accrus de malformations », AFP (13 juin 2010).

[8] Le jour même où cet article est mis en ligne, Le Figaro (05/11/15) fait état d’une nouvelle affaire de viols commis par un gynécologue, apparemment à l’échelle presque industrielle. Et l’on ne parle que des attentats qui font l’objet d’une dénonciation…


Documents joints

Gynécol Obstét Pratique, oct. 2015, p. 4

5 novembre 2015
Document : PDF
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