Site Web du Dr Marc GIRARD

Livre(s) sur les vaccins : les pièges de la fausse expertise…

jeudi 7 mars 2019 par Marc Girard

Un internaute m’adresse la première page d’un récent livre sur les vaccinations. Avec une intuition très sûre, il en profite pour me renvoyer à l’article qui suit, que j’avais mis en ligne le 02/10/2015 (à l’époque intitulé "Échangerais expert contre expert" et qui se trouvait, une fois encore, centré sur la question de l’expertise : qu’est-ce qu’un « expert » ? Explication dans le post-scriptum qui va suivre.

RÉSUMÉ - Un récent article de Michel de Lorgeril concernant la crédibilité de l’expertise a inspiré diverses critiques qui m’étaient directement destinées. Après y avoir répondu point par point, on tente de s’élever à un niveau supérieur d’abstraction en s’interrogeant sur la dynamique des forums d’une part, sur la surenchère des experts et des contre-experts d’autre part.

Table des matières

  1. Exposé du problème
  2. La dynamique d’un forum comme si vous y étiez
  3. Avant donc que d’écrire...
  4. Retour sur Frachon
  5. C’est pour ton bien
  6. Bonne nuit les petits

Exposé du problème

Confronté par l’un de ses visiteurs à l’idée d’un « livre sur la vaccination », l’excellent Michel de Lorgeril répond de la façon suivante :

« Un livre sur la vaccination ? Bonne idée ; mais … chaque chose en son temps ! Et il faut trouver un expert, un vrai, qui soit aussi libre et indépendant… On peut essayer « sous le sabot d’un cheval » peut-être… Il y a déjà « Vaccins, mensonge et propagande » ; vous avez quoi contre ? »

Cette proposition – centrée sur la crédibilité des experts [1] – va susciter, de ma part, la réaction suivante, rédigée sur le mode relativement hâtif qui préside normalement à ce type d’intervention (et qui ne devrait pas poser de problème entre gens de bonne foi).

« Comme attesté par le nombre de contributions que j’ai consacrées à ce sujet [2], tu me trouveras toujours à tes côtés quand il s’agira de réfléchir à la crédibilité de l’expertise. Mais s’il s’agit de répertorier les « vrais » experts, évite de promouvoir un confrère qui n’a jamais prétendu à la moindre expertise (« Le bruit des sabots » [3]), ou une anti-vaccinaliste (« Mensonges et propagande » [4]) omnisciente dont la seule activité professionnelle connue a été celle de mannequin, milieu peu réputé pour recruter sur le QI.

Souvent dépourvus de la moindre formation scientifique (voir d’une formation tout court) mais manifestement fascinés par « l’autorité écrasante de la science » (L. Lafforgue) dont ils sont incapables de comprendre les limites et la justification, la plupart des anti-vaccinalistes (du moins, en France et en Belgique) s’imaginent qu’il suffit de parler haut et fort pour s’imposer comme interlocuteurs légitimes. Mais quand tu vois la Ligue Nationale pour la Liberté des Vaccinations (avec laquelle S. Simon a tellement collaboré) écrire sans rire, en page 13 de son dernier document (destiné à Madame Hurel), que « Les vaccins ne répondent pas à la définition d’un médicament », tu te dis qu’ils ont encore beaucoup de travail à faire pour mériter d’aller jouer dans la cour des grands. Note qu’en matière d’inepties technico-réglementaires, l’inénarrable Philippe Even a fait nettement pire, sous le prétexte d’une « mission » officielle dont personne n’a jamais retrouvé la lettre. Comme l’a bien noté Ricomart [5], ce sont « les deux faces de la même pièce »…

Malgré certains détracteurs qui me reprochent d’être essentiellement malpoli, j’ai suffisamment de savoir-vivre pour ne pas m’imposer plus lourdement sur le site d’un autre. La fonction « forum » ayant été délibérément inactivée dès l’ouverture du mien, l’intérêt de participer – même exceptionnellement – aux forums des autres, c’est surtout de s’auto-administrer une piqûre de rappel [6] concernant la nullité prédominante des échanges auxquels peut donner lieu cette illusion de démocratie que l’on appelle Internet, et qui offre une vue terrifiante sur l’état de délabrement intellectuel, culturel et politique de l’époque [7]. La dernière fois que j’avais consenti à participer à ce jeu sur le site de Michel [8], cela avait été notamment pour répondre à un ombrageux censeur, qui s’autorisait à me reprocher, avec hauteur, un style « illisible » : une brève recherche sur la Toile m’avait permis de reconstituer que pour justifier sa prétention à se poser en nouveau Boileau, l’intéressé n’avait rien de mieux à faire valoir que sa passion pour « le foie gras » et « le Sauternes »… En l’espèce et à la réflexion, la nouvelle question (la crédibilité des experts) soulevée par Michel de Lorgeril appelait un minimum de développements difficiles à insérer dans le forum d’un autre.

La dynamique d’un forum comme si vous y étiez

En cette nouvelle occurrence, le débat lancé par Michel dans son post introductif portait sur la conduite à tenir lorsque l’on est invité dans un média : faut-il y a aller ou, au contraire, boycotter superbement ?

Il s’agit effectivement d’une question grave et lancinante, qui se pose à chaque fois que l’on se trouve invité, quand on n’a aucune illusion sur la presse et qu’on n’est pas particulièrement excité par l’idée de montrer son portrait au fenestron. Bien que, comme d’autres [9], je me la pose moi-même régulièrement [10], ce débat ne semblait pas me viser personnellement : cela n’a pas empêché certains internautes de s’en prendre à mon humble personne, et tout autant avant qu’après la modeste intervention reproduite ci-dessus.

En conformité avec mon point de vue habituel d’impersonnalité, le développement qui suit ne vise pas à défendre mon ego contre de pauvres attaques dont je n’ai sincèrement rien à f***, mais à saisir cette occasion pour, à propos d’une problématique à laquelle je crois avoir beaucoup réfléchi (la crédibilité de l’expertise), identifier les arguments produits, en caractériser la déprimante nullité et en abstraire une méditation plus générale sur l’expertise – et sur le fonctionnement des forums…

  • Peut-être sous l’emprise du Sauternes qu’il aime tant, mon précédent contradicteur (qui répond au pseudonyme d’oursdesneiges, pas forcément inadéquat si l’on s’en tient à la représentation d’une certaine balourdise) – après avoir recommandé qu’en préalable de tout, on me colle « un carton rouge » – se demande gravement s’il existe « un lien entre le fait que la France soit le seul pays ou la psychiatrie a été – et est toujours – inféodée aux thèses psychanalytiques, et le record de consommation de psychotropes dans notre pays ? ». D’une part – et n’en déplaise aux « experts » comme Even qui entretiennent la rumeur [11] –, je ne connais aucune source fiable attestant le « record » français en matière de psychotropes [12]. D’autre part, j’invite l’intéressé à s’informer davantage sur « les thèses » de la psychiatrie française (il peut, à ce sujet, trouver une documentation de départ sur mon site, laquelle ne plaide pas en faveur de son inféodation à la psychanalyse [13]).
  • Un autre intervenant, qui répond au doux pseudonyme de Papynou, se déclare « pantois qu’une personne puisse en juger une autre simplement sur la profession qu’elle a exercée », sans apercevoir que le cœur du débat n’est certainement pas de « juger » quiconque, mais d’évaluer une crédibilité à intervenir publiquement (et d’une façon qui ne souffre pas la contradiction) sur un certain nombre de problèmes technico-scientifiques d’une extrême complexité [14]. Alors qu’une critique a priori recevable de mon propos consisterait à me sommer de produire mes sources concernant mes allégations sur les antécédents professionnels de S. Simon, mon contradicteur se borne à la dénonciation d’un sacrilège : à l’évidence, on est en pleine controverse scientifique… [15].

    Sur la lancée, Papynou se permet une allusion qu’il a l’air de trouver très spirituelle concernant « la finesse des chevilles » supposée caractériser un mannequin – par opposition, s’entend, avec l’arrogance de ceux qui osent insinuer qu’un minimum de formation préalable s’imposerait avant de prétendre dire le vrai et le faux sur une multiplicité de sujets médico-scientifiques pourtant ardus. Si la participation à des forums lui laisse un peu de temps libre pour s’informer sur les sujets dont il prétend traiter publiquement, que Papynou aille regarder quelques vidéos de Sylvie Simon et qu’il examine s’il va de soi qu’une personne qui se targue de n’avoir aucune formation post-bac attende l’âge respectable de 67 ans pour découvrir sa vocation médico-scientifique (à l’occasion d’un dîner mondain !), pour ensuite s’autoriser à trancher abruptement de tout – y compris de ce qu’elle ne connaît manifestement pas, sans la moindre nuance [16] et quitte à se contredire avec exactement le même type de désinhibition [17]. On finit par reconstituer qu’elle s’était quand même fait une sorte d’auto-formation sur le terrain, celle « d’antiquaire » (activité dont tout un chacun connaît l’intransigeante rigueur), qui, de son propre aveu, lui avait appris à choisir « au pendule » et « par transmission de pensée » les objets qu’elle achetait : comme le remarque à juste titre un autre intervenant (cette fois à propos des livres de l’intéressée), on n’est pas loin du « délire » par moments… L’analyse du même intervenant concernant l’incapacité frappante de S. Simon à prendre en compte les arguments qui ne vont pas dans son sens est également corroborée par l’aveu de l’intéressée, qui se vante avec une renversante ingénuité que pour réaliser ce qu’elle appelle ses « travaux », elle n’a eu, grâce au « Ciel », qu’à attendre les documents qui se sont « venus sur son bureau » : on peut certes avoir un idéal plus méthodique de la recherche documentaire, mais à partir du moment où, depuis l’enfance, on a posé comme allant de soi que « le paranormal est une chose totalement normale », on doit trouver « normal » de ne tomber que sur des informations qui vont dans le même sens quand on s’attelle à ses « travaux »…
  • S’offusquant de mon propos sur Philippe Even, un justement nommé « Inoxydable » [18] m’adresse le reproche – imparable – que je n’aimerais pas les « têtes blanches ». Cependant : i) ma propre tête tend vers le blanc depuis l’âge de 16 ans (quitte à s’en remettre à des indicateurs idiots, autant entrer dans le détail : j’ai des photos…) ; ii) dans toute ma carrière médiatique, le seul intervenant que j’aie croisé, assez culotté pour dénoncer publiquement « la sénilité » de ses contradicteurs, a été Philippe Even, lors d’un C dans l’air auquel nous participions tous deux au cours duquel il n’a pas trouvé mieux pour décrédibiliser des gens manifestement plus jeunes que lui [19] et qui avaient, sur lui, une nette supériorité d’argumentation ; iii) avant de contre-attaquer sans savoir, personne n’empêche mon contradicteur de s’informer quant aux énormes casseroles que, de notoriété publique (quoique regrettablement ignorée par Inoxydable), Philippe Even traîne derrière lui – avec un art tout particulier pour renouveler les anciennes par des nouvelles. Ne pas travailler pour connaître ce dont on prétend parler publiquement, c’est effectivement un bon moyen pour rester « inoxydable » : veinard…

Avant donc que d’écrire…

Le bref échantillonnage qui précède, mais qui pourrait être élargi à l’occasion de presque chaque forum, illustre l’un des problèmes politiques les plus préoccupants de l’époque, à savoir la dextérité effrayante avec laquelle le néocapitalisme parvient à désamorcer même ceux des outils qui seraient le plus susceptibles de lui porter la critique. Pour un homme de ma génération, Internet se signale par sa puissance documentaire prodigieuse ainsi que par sa déconcertante facilitation des communications (permettant en principe la vérification, l’échange et l’approfondissement). Mais il est patent que pour pouvoir exploiter effectivement un tel potentiel, il faut une structuration mentale dont le néocapitalisme s’est précisément ingénié à contrarier l’émergence, notamment en réduisant quasiment à néant les bases de la formation scolaire : est-ce un hasard si les informaticiens les plus brillants de la Silicon Valley sont prêts à payer très cher pour envoyer leurs enfants dans des écoles où ils seront privés d’ordinateur alors que, dans le même temps, la politique de décervelage promue ici par les valets décomplexés de « la finance » passe par l’attribution de « tablettes » informatiques à tous les enfants – incluant même ceux qui n’en veulent pas [20] ?

En l’espèce, il est patent que ce sont bien les principes les plus élémentaires du raisonnement, de l’argumentation et de l’abstraction (en gros ce qu’on apprenait autrefois en logique élémentaire ainsi que par l’étude des textes) qui se trouvent ignorés par les participants à ce forum.

  1. Même si je comprends sans peine que, dans son intransigeance relativement à l’essentiel (« connais-toi toi-même »), Freud puisse susciter une répulsion réflexe chez quelqu’un qui, probablement arrivé au dernier tiers de sa vie, n’a encore rien trouvé de mieux que « le foie gras » et « le Sauternes » pour justifier sa participation au débat public [21], je ne vois aucun rapport entre la question soulevée par Oursdesneiges et celle qui m’a amené à intervenir sur le site de Michel... À l’école d’autrefois, on appelait ça un « hors-sujet ».
  2. Quand l’époque exige un CV de n’importe quel quidam postulant pour un poste de manutentionnaire dans une usine de cartonnage (et que Pôle Emploi paye même très cher des « conseillers » pour aider l’impétrant – moyennant une syntaxe souvent approximative – à satisfaire cette exigence désormais incontournable), je ne vois pas où est le scandale de s’interroger sur la formation de quelqu’un qu’on nous a présenté comme expert « vrai, libre et indépendant » [22]. Classiquement, on appelait ça les « titres et travaux », mais prolonger la discussion sur ce préalable qu’on aurait cru incontournable amènerait à disserter sur la distinction, naguère évidente, entre condition nécessaire et condition suffisante...
  3. À l’école d’autrefois, on tenait pour un contresens de réduire un problème de fond à un détail anecdotique – par exemple les cheveux blancs en lieu et place d’une argumentation inepte : on avait lu Contre Sainte-Beuve de Proust et on savait que pour critiquer l’œuvre de quelqu’un, il valait mieux se dispenser d’arguments sans rapport avec cette œuvre et concernant, par exemple, le physique de son auteur, ses vices réels ou supposés… Et, que ce soit en cours de français ou de mathématiques, on encourageait la technique du « contre-exemple » pour confirmer la fausseté d’une proposition générale. Tous concepts qui eussent évité à Inoxydable de se ridiculiser en imputant à une horreur des cheveux blancs une exigence de méthode qui me conduit à contredire avec la même intransigeance tout autant des vieux cons que de jeunes crétins

Voilà la Toile : l’incompétence à l’état pur, les impuissants qui bandouillent avec ravissement sans même s’être aperçus que Bobonne s’était tirée depuis longtemps, – bref, la confusion dans tous ses états…

Comme le dit justement une base de données que j’ai trouvée par hasard sur Internet, « avant donc que d’écrire, apprenez à penser »…

Retour sur Frachon

Mais l’intervention la plus significative – celle qui m’a finalement déterminé à écrire le présent article – vient d’un internaute qui signe Dr MG (bienvenue au club) et selon lequel le bon Dr Girard « se discrédite complètement par sa rhétorique où il insulte tout le monde. Il n’y pas grand monde pour trouver grâce à ses yeux. Il est le type même de l’expert qui sait alors que les autres ne savent rien ». Prétendant qu’à chaque fois qu’il m’a contacté (ce dont je n’ai aucun souvenir), je l’aurais « envoyé "chié" » (sic), il s’autorise du conseil que « avec une parole "plus lisse" », je pourrais « être écouté et peut être entendu », alors que la façon dont je m’exprime me « discrédite complètement » [23]. « Par ailleurs, dixit le même, il poursuit de sa vindicte certaines personnes dont Irène Frachon. Je n’ai jamais compris pourquoi (…) ».

  • Je n’ai aucun souvenir d’avoir croisé ce Dr MG lors d’un engagement significatif – un de ces engagements où les risques sont réels –, aucun souvenir de l’avoir envoyé « chié » [24], aucun, non plus, de l’avoir entendu protester lorsque j’ai payé les conséquences des miens… Mais je présume que pour prétendre me conseiller de façon aussi assertive sur les moyens d’être « écouté, peut-être entendu », le gars-là doit avoir une sacré expérience du combat : David, mais pas douillet… S’il veut maintenant tirer la chasse d’eau pour revenir croiser le fer avec moi, qu’il le fasse à la loyale en commençant – comme je l’ai toujours fait moi-même – par préciser ceux de ses engagements et celles de ses réalisations personnelles qui l’autorisent à me corriger de façon aussi directive.
  • Avant de critiquer comme inutilement agressive la rhétorique d’un gars, il serait approprié d’examiner préalablement si les controverses qu’il affronte découlent d’une incapacité constitutionnelle de s’entendre avec quiconque ou, plus simplement, sont inhérentes aux sujets qu’il traite… Comme disait un juge de ma connaissance, dans un moment d’inspiration : « l’expertise n’est pas le lieu du consensus ». Il est certain que, quand, à l’instar de S. Simon, on ignore simplement tout ce qui pourrait contrarier la thèse qu’on soutient (faute, le plus souvent, d’en avoir entendu parler), ça baisse mécaniquement le niveau de polémique : le mépris autistique pour les opinions dissidentes est encore le meilleur moyen de minimiser la controverse – et de rassurer les âmes sensibles qui ont peur du sang. Cependant, la décrédibilisation a priori de la polémique n’est pas neutre, politiquement, si l’on se réfère à l’intuition profonde de Martin Luther King :

    « Le grand obstacle à notre mouvement vient des “réalistes” qui vénèrent plus l’ordre que la justice et qui préfèrent une paix négative, caractérisée par l’absence de tension, à une paix positive, caractérisée par la mise au jour des conflits. Encore faut-il bien préciser que nous, qui produisons les actions directes, ne sommes pas ceux qui produisons les tensions. Nous nous contentons de les dévoiler. Nous les faisons apparaître au grand jour pour qu’on puisse les reconnaître et les traiter. » (C’est moi qui souligne) [25].

  • C’était, de nouveau, une formation élémentaire à la rhétorique et à la morale que l’on recevait naturellement autrefois que de délimiter le débat, en s’abstenant d’évacuer une critique éventuellement fondée sur un « tu ne t’es pas regardé ». Sur cette base, je peine à comprendre que dénoncer comme incompétents ou escrocs ceux qui sortent de leur compétence documentable revienne à se poser comme « l’expert qui sait alors que les autres ne savent rien » : ai-je prétendu, moi, défier Joyeux comme cancérologue quand je me suis attaché à documenter que sur la question des vaccins, il aurait mieux fait de la fermer ? Ai-je jamais pris publiquement position sur quelque problème que ce soit sans m’attacher à préciser, au préalable, à quel titre je me croyais autorisé à l’évoquer ? Cette obsession des références – qui m’attire régulièrement le reproche d’illisibilité, notamment chez les amateurs de Sauternes et de foie gras – est-elle compatible avec l’illusion qu’il n’y aurait que moi qui saurais [26] ? M’a-t-on entendu – moi – prendre position pêle-mêle sur l’agro-alimentaire et sur les OGM, sur l’industrie nucléaire, sur la pollution atmosphérique, sur l’organisation de l’hôpital, sur le CAC 40 [27] ? Prompt à dénoncer ce que je n’ai jamais écrit, le Dr MG a-t-il bien remarqué, en revanche, mon obsession concernant le processus de délimitation, qui vise à circonscrire le plus précisément possible l’expertise de ceux qui en ont effectivement une ? Quant au nombre de gens « qui trouvent grâce à mes yeux », il est probablement élevé, au moins par défaut : mais comme à la différence de d’aucuns, je n’ai aucune propension à intervenir publiquement sur tout et n’importe quoi, je réserve effectivement l’essentiel de mes interventions à dézinguer les menteurs, les pervers et les incapables qui interviennent dans mes domaines de compétence – d’où cette ambiance de polémique (au sens étymologique) qui découle logiquement du choix de mes sujets. Classiquement, on appelle ça un biais : avec une réinterprétation aussi débile que celle du Dr MG, on traitera de fieffé raseur le plus spirituel des anesthésistes au motif indubitable que, dans son boulot, il endort tout le monde…
  • La confusion intellectuelle du Dr MG au sujet de l’expertise, de sa validation et de sa critique atteint son sommet lorsqu’il me donne acte, et à plusieurs reprises, d’être « experts sur les vaccins ». Je l’ai dit à de nombreuses reprises (et cela ressort clairement de mon CV…) : je ne connais strictement RIEN en vaccinologie (ni en infectiologie) – me contentant de réclamer (n’en déplaise à la LNPLV…) que l’on applique aux vaccins en particulier la réglementation normalement applicable aux médicaments en général. On admettra qu’il faut quand même une certaine obtusion mentale pour reprocher à quelqu’un de se présenter comme l’expert-qui-sait-tout tout en lui attribuant une expertise à laquelle l’intéressé n’a JAMAIS prétendu...
  • Comment aller encore plus haut dans l’inepte quand on a déjà atteint de tels sommets ? C’est à propos de l’affaire Médiator que mon contradicteur va franchir le mur du con – sans effort apparent. Car si, malgré la vingtaine d’articles que j’ai consacrés sur mon site à cette histoire (sans parler de mes nombreuses références croisées à cette invraisemblable affaire), mon contradicteur n’a « jamais compris » mon positionnement, je ne peux vraiment rien pour lui : mais s’il est si dur de la comprenette, il devrait peut-être y regarder à deux fois avant de prétendre m’expliquer tout ce que j’aurais à « gagner » en changeant ma « façon de m’exprimer » [28]… Le plus fort, cependant, c’est que ce contempteur intransigeant de ceux qu’il accuse de se présenter comme « les seuls » à savoir avoue aussi ingénument sa passion pour Irène Frachon, dont la propension à trancher péremptoirement de tout (notamment sur ce qu’elle ne connaît manifestement pas) est quand même difficile à ignorer – même à travers des yeux de l’amour : auteur d’un livre truffé d’erreurs ou de sottises, s’autorisant (sans la moindre expérience politique connue) à octroyer des brevets « d’honnêteté » à des ministres connus pour leur cynisme et leur absence de scrupules, dénonçant comme inacceptable qu’un justiciable prétende exercer les droits que lui reconnaît un code de procédure civile dont elle n’a manifestement pas la moindre idée, se portant pompeusement garante d’un processus judiciaire dont elle ne maîtrise pas les déterminants et sur lequel elle n’a aucun pouvoir [29], vouant aux gémonies toute personne prétendant lui tenir tête tout en entretenant avec délectation des relations plus que douteuses pourvu qu’elles contribuent à sa notoriété, se présentant comme la première à avoir compris une histoire dont, à l’évidence, elle n’a rien pigé [30], ne craignant jamais de pérorer abruptement sur tout pour autant que ce soit à portée d’un micro ou d’une caméra, gérant ses propres conflits d’intérêts d’une façon d’autant moins transparente qu’ils sont actuels [31], etc.

Chacun dans son genre, les exemples de Sylvie Simon et d’Irène Frachon attestent que cette sidérante capacité de dégoiser haut et fort sur tout et sur n’importe quoi génère forcément une multiplication d’erreurs ou d’incongruités qui, par le fait même, devrait offrir à tout un chacun des motifs de légitime défiance. Car il n’est nul besoin d’être omniscient pour réfuter ceux qui prétendent l’être, puisque leur propension à pontifier sur tout les expose au risque d’être contredits sur n’importe quoi : Falsus in uno, falsus in omnibus [32]. Cependant, loin de susciter une répulsion qui devrait aller de soi, cette prétention ridicule à l’omniscience rassure, au contraire, les écrasés de toujours – ceux qui ont peur de tout, ceux qui plient devant n’importe qui et qui sont toujours prêts à avaler n’importe quelle couleuvre – en leur offrant l’occasion de justifier leur esclavage par l’impression qu’ils ont choisi leur maître, tandis que, selon une dynamique de projection qui ne saurait émouvoir un freudien, ce sont ceux qui dénoncent l’illimitation de la pseudo-expertise qui se voient reprocher de se poser comme les seuls à savoir. Coup double, en vérité : se conforter dans sa dépendance à l’autorité des experts tout en se donnant l’illusion qu’on l’a contestée…

C’est pour ton bien…

Ainsi, et c’est là où je voulais en venir, cette minuscule plongée dans un forum comme il y en a des milliers d’autres illustre de façon frappante le propos, repris par J.C. Michéa, que dans un monde où l’âge adulte a été redirigé vers la capacité d’« être aux commandes dans un monde enfantin » (ou de limiter ses passions au Sauternes et au foie gras), on a forcément besoin de « faire confiance aux experts » [33] – ou du moins, à ceux qui se font passer pour tels. Les zélateurs des Simon ou des Frachon s’imaginent qu’ils se sont révoltés contre « la dictature » des experts alors qu’ils se sont contentés de troquer les anciens contre les nouveaux [34] – dans une spirale sans fin de médicalisation à laquelle les contraignent leur pusillanimité intellectuelle et leur lâcheté existentielle. Qui ne voit, par exemple (il suffit d’aller batifoler sur leurs sites ou dans leurs revues), que la haine affichée des anti-vaccinalistes pour « la médecine » (les médecins étant juste « des marchands de médicaments », selon Sylvie Simon) ne fait que recouvrir d’un vernis pseudo-contestataire leur effrayante obsession d’hypocondriaques qui passent leur temps à s’auto-palper, à consulter des officines « parallèles », à promouvoir des médecines « douces », à ingurgiter des "compléments" – convaincus qu’ils sont que la préservation de leur « santé » s’explique par cette débauche de soins pour rien (mais jamais en retard d’une consultation « académique » lorsqu’ils tombent vraiment malades) [35], et décidément incapables de concevoir que l’on puisse gérer sa vie sans penser constamment à toutes les maladies que l’on pourrait avoir, ou s’obséder sur l’approvisionnement et le fonctionnement de son tube digestif – en une fixation durable sur ce qui correspond à la première relation du Bébé au monde extérieur…

On voit bien, dès lors, que dans un tel public, c’est – précisément – l’absence de limites dans la prétention intellectuelle qui suscite une confiance aveugle, puisqu’elle incarne le fantasme de toute-puissance caractéristique de l’enfance, lequel présuppose que l’on puisse céder à son désir - à la seule condition de faire allégeance à l’ordre matriarcal, marqué par le primat de l’affectif sur le symbolique [36], le symbolique étant justement ce qui ne donne pas prise au désir [37], ce qui s’impose (la Loi) sans requérir l’intermédiaire d’une personne donnée [38]. On admettra qu’avec l’adulation fervente, voire fanatique, portée par mes contradicteurs à leurs « expertes » de référence, on est très loin quelque symbolique que ce soit : qui ne voit, par exemple, que la notoriété médiatique de Frachon – inexplicable en fait – repose précisément sur la valeur « exemplaire de l’amour et du dévouement » (p. 173), que Michéa pose comme les deux… mamelles de l’ordre matriarcal ? Mais comme le remarque très justement le même auteur, il n’est nul besoin d’être une femme pour dominer ainsi autrui sur le mode matriarcal (p. 188) : il suffit de penser au cas Even, qui n’a jamais d’autre argument que sa présumée supériorité de savoir tous azimuts (Maman sait mieux que toi et c’est pour ton bien) [39] et que, comme par hasard, mes contradicteurs prétendent m’opposer.

Ainsi, la contestation de l’expertise par des gens capables de s’enthousiasmer autour de figures d’omnipotence aussi effrayantes que celle de Simon, de Frachon ou d’Even ne marque en aucun cas un progrès vers l’autonomie morale ou intellectuelle. Elle permet simplement à ceux qui s’y adonnent d’oublier l’impuissance et la servilité à laquelle ils se sont résignés depuis probablement toujours : loin d’échapper à « la dictature des experts », ils s’y sont soumis avec une délectation redoublée par le fantasme que, cette fois, c’est eux qui ont choisi leur Maître…

Bonne nuit, les petits…

Mais pour l’heure, mon cher Contradicteur, rendors-toi comme le gros bébé que tu es : retourne à tes beaux rêves. Maman viendra te faire un bisou quand Papa aura commencé à cuver…

Et si t’es vraiment sage, elle dira à Tante Irène de monter aussi.

P.S. du 07/03/19

Au cours de ces derniers mois, plusieurs correspondants m’ont interrogé sur les livres que Michel de Lorgeril vient de consacrer aux vaccinations, en me demandant si je les avais lus ou si j’avais l’intention de les lire. À quoi je répondais invariablement par la négative [40] tout en éprouvant le scrupule – apparemment exceptionnel [41] – de motiver mon absence d’intérêt : « les vaccinations ne font pas partie de ses compétences ».

Bingo ! Dès la sixième ligne de la première page dont on vient de m’adresser copie, Michel commence par poser péremptoirement (et en gras) : « les vaccins ne sont pas des médicaments ». Sauf erreur de pointage, la dernière ânerie du même type dont j’ai eu connaissance (et dont je m’étais déjà ému) était imputable à la Ligue Nationale Pour la Liberté des Vaccinations (LNPLV) qui, dans le mémo qu’elle avait adressé à Sandrine Hurel, n’avait pas craint d’écrire de la même façon « les vaccins ne répondent pas à la définition d’un médicament ». Ce qui est grossièrement faux, comme on peut le vérifier en se reportant au site de l’ANSM (qui, malgré ses tares connues – et les autres –, reste statutairement le gardien de la légalité en matière de médicaments) : « les vaccins sont des médicaments immunologiques » [42].

Certes, on ne peut nier à l’auteur de cette ânerie le privilège d’une certaine cohérence – une cohérence dans l’erreur : quand on a inauguré sa réflexion sur les vaccins par une référence à Sylvie Simon – figure de proue de la LNPLV en ses pires excès d’incompétence assertive –, il n’est pas anormal de se retrouver au niveau de cette même LNPLV pour proférer des énormités sur le statut réglementaire des vaccins.

Où est le problème, me direz-vous ? D’une part, dans une question d’élémentaire crédibilité : quand on prétend prendre part au débat public moyennant la publication d’un LIVRE [43], on devrait s’adonner à un minimum de vérification dans ce qu’on diffuse. Alors qu’au moment même où s’écrivent ces lignes, des gens comme Buzyn (qui n’ont de leçons à recevoir de personne en matière de baratin) en remettent une couche sur « la désinformation » qu’ils dénoncent chez les opposants à leur politique vaccinale (RTL, 04/03/19), est-il bien judicieux de proférer sans rougir une désinformation aussi caractérisée que celle qui inaugure le livre de Michel [44] ? Mais, d’autre part, parce que le statut technico-réglementaire des vaccins est une question fondamentale.

En effet, comme encore rappelé dans mon article ci-dessus (et à la différence de l’omnisciente Sylvie Simon, de ses semblables et de ses admirateurs…), j’ai toujours soutenu être parfaitement incompétent en matière d’immunologie et de vaccinations. Mon seul apport en ces domaines est d’avoir introduit dans le débat public ce fait incontestable : les vaccins sont des médicaments. Force est d’admettre, cependant, que, pour minuscule qu’elle fût, cette contribution m’a valu les pires sévices des plus hautes autorités de l’État (ICI, et encore ), qui laissent très loin derrière les anodines fâcheries avec l’Ordre des médecins dont se gargarisent ceux qui aiment à se (re)présenter en héros. Or, comment donc interpréter cet acharnement à mon égard, probablement unique dans l’histoire de l’expertise judiciaire française ? Très simplement, en vérité. Expliquer le cadre technico-réglementaire qui contraint normalement l’exercice de la pharmacie et la prescription médicale :

  • c’est dévoiler lorsqu’il n’a pas été respecté par les fabricants et donner les moyen de mettre (sérieusement...) en cause leur responsabilité civile ou pénale ;
  • c’est révéler les compromissions et les manquements des autorités de contrôle, et créer les conditions pour mettre en cause leur responsabilité administrative ;
  • c’est acculer les magistrats censément « spécialisés » à s’informer sur les lois et réglementations qu’ils sont supposés faire respecter alors qu’à l’évidence, ils les ignorent.

Last but not least : c’est aussi objectiver l’incompétence et la veulerie du corps médical à qui la société reconnaît (moyennant finances, en plus, et divers avantages sonnants et trébuchants) l’éminente responsabilité de prescrire – ou de ne pas prescrire…

Il ne s’agit pas, ici, de surexploiter au détriment de son auteur une malheureuse erreur comme il peut en échapper à n’importe qui. Car, par-delà l’énormité du propos, c’est toute une rhétorique qui est en cause, une rhétorique que, faute de mieux, on peut qualifier de tristement médicale (c’est-à-dire typique de l’esprit qui prédomine chez les médecins de notre pays).

  • Alors que j’enseigne en fac de droit depuis une quinzaine d’années, mon premier réflexe à la lecture de l’énormité proférée sans sourciller par Michel a été d’aller vérifier que, par un égarement extraordinaire, je ne faisais pas erreur en soutenant que les vaccins étaient bien des médicaments. Telle n’est pas la pente naturelle de l’excellent Michel, puisque dûment mis en garde par un lecteur quant à l’erreur qu’il a proférée, il s’obstine hardiment [45]. Au contraire de ce que pourrait laisser penser la discussion du forum, il ne s’agit pas d’une divergence d’opinions : il s’agit d’un fait parfaitement documentable, à propos duquel celui qui l’a ignoré s’obstine dans son erreur de façon parfaitement injustifiable.
  • Non content de s’obstiner, il s’autorise à décrédibiliser la référence (à Wikipédia) d’un de ses contradicteurs en soutenant froidement qu’elle est « nulle ». Je ne suis certainement pas un promoteur de Wikipédia, mais on me permettra de reconnaître une certaine arrogance typique dans le biais qui consiste, pour un médecin, à ridiculiser les références d’un contradicteur qui lui a remontré son erreur à parfaitement juste raison [46].

Au total, quoi de nouveau par rapport à ma critique regrettablement stable de l’AIMSIB ? Dans son inspiration, l’AIMSIB était une initiative finalement assez exceptionnelle, mais qui n’a jamais eu les moyens d’échapper au marasme traditionnel des médecins français.

  • Pour « scientifiques » qu’ils aiment à se présenter, les membres de l’AIMSIB manquent singulièrement de procédures de vérification et de délimitation [47], deux soucis que j’aurais tendance à inscrire comme critères d’une activité authentiquement « scientifique ».
  • Malgré leur revendication de « bienveillance », les membres de l’AIMSIB ne sont jamais en manque de dénigrements, voire d’insultes, dès qu’il s’agirait d’affronter loyalement les objections qui leur sont adressées. Il est probable que ce qu’ils baptisent « bienveillance » ne soit qu’une forme de démagogie [48] – et il suffit de vaquer sur leur forum pour voir de quoi je parle : jamais avares de réassurances paternalistes pour le blaireau de base qui joue le jeu de la gratitude éperdue à l’endroit de médecins si savants supposés se mettre à sa portée [49], mais tirant plus vite que leur ombre dès qu’il s’agirait de se positionner « scientifiquement » par rapport aux critiques qui leur sont adressées – même (et surtout) quand elles sont justifiées [50].

C’est comme si, avec son illusion de maîtrise habilement grimée en « science » sous couvert d’une fallacieuse « bienveillance », l’AIMSIB avait prétendu ouvrir une auto-école pour apprendre [51] aux gens à conduire : il aurait juste échappé à ses moniteurs que la conduite automobile est gouvernée par un truc anodin qu’on appelle « Code de la route » [52].…

[1] Dans la suite du présent exposé, et par souci de simplicité, on confondra crédibilité des experts et crédibilité de l’expertise : on pourrait raffiner...

[2] La plus systématique est ICI ; diverses publications ou communications sont répertoriées sur mon CV ; on trouvera également de nombreuses contributions à l’onglet « Plan du site » du présent site.

[3] À ma connaissance, il a d’abord présenté son blog comme celui d’un « interne de médecine générale », puis comme celui d’un « médecin remplaçant ».

[4] S. Simon, Vaccins, mensonges et propagande. Thierry Souccar, 2009.

[5] Un précédent intervenant sur le forum.

[6] Grosse récompense à l’inventeur d’une immunisation durable…

[7] Constat qui justifie mes fréquentes allusions à la question scolaire, n’en déplaise aux distraits qui s’imaginent que j’ai une animosité personnelle à l’encontre de Madame Belkacem…

[8] Il m’arrive également d’intervenir, quoique tout aussi exceptionnellement, sur le site du brave docteurdu16.

[9] F. Lordon. Critique des médias, critique dans les médias, Les Blogs du Diplo, 17/08/2009.

[10] De moins en moins, d’ailleurs, compte tenu de la remarquable unanimité des grands médias à faire désormais comme si je n’existais plus – on se demande bien pourquoi…

[11] La dernière fois que nous en avions débattu ensemble, c’était sur un plateau de télé et j’avais fini par lui demander de bien vouloir me communiquer ses sources : plus de 5 ans après, j’attends toujours…

[12] Je connais, bien sûr, celles qui justifient le discours convenu sur la surconsommation française (qui permet d’occulter la responsabilité des prescripteurs) : mais elles ne sont pas fiables…

[13] Quand j’ai voulu devenir psychanalyste à la fin de mes études de médecine, j’ai immédiatement renoncé à la voie académique pour ce faire, car je ne me voyais vraiment pas supporter de passer par la psychiatrie…

[14] Crédibiliser une querelle de personnes reste, chez les esprits simples, un moyen éprouvé pour évacuer tout débat d’idées.

[15] Avec un souci de la vérification qui n’est pas sans rappeler celui des larbins de Psiram, mon sourcilleux censeur n’a même pas l’idée de suspecter que j’aurais pu connaître personnellement l’intéressée et avoir l’occasion de l’observer dans « ses travaux »…

[16] On y apprend, par exemple, qu’aux USA, « ce sont les mêmes vaccins qu’en France »…

[17] À titre de simple exemple parmi tant d’autres, il faut comprendre que quand elle était petite, « elle ne voyait pas de médecin » alors que, « on avait un médecin de famille, il ne nous a jamais donné de médicament »…

[18] Il y aurait une sacrée psychanalyse à faire des pseudonymes que se choisissent les internautes…

[19] C’est probablement le comble du narcissisme béat que de traiter de « séniles » des gens qui, à l’évidence, sont plus jeunes que vous…

[20] Sachant que ce n’est pas la dernière idée « d’une dictée par jour » qui changera quoi que ce soit, au moins pour cette bonne raison parmi d’autres : il serait de plus en plus difficile de trouver des enseignants capables de la corriger… Quant à la noter – au risque de traumatiser durablement les élèves…

[21] Internet, c’est le Viagra des faux intellos : ça ne fait pas bander très fort ni très régulièrement, mais ça entretient le fantasme.

[22] Sachant de plus que la proposition de Michel concernait la vaccination, mais que, étant donné la prétention de Sylvie Simon à écrire sur d’innombrables autres sujets sanitaires, tous d’une grande complexité, il ne serait pas indécent que l’enquête concernant sa compétence a priori s’en intensifiât d’autant.

[23] Ce que n’indique pas mon contradicteur, c’est la limite à partir de laquelle une parole « lisse » bascule dans la « diarrhée verbale » que l’excellent Inoxydable et le signalé Oursdesneignes s’accordaient récemment à me reprocher… Psychanalytiquement, le registre métaphorique de mes censeurs laisse rêveur…

[24] Des milliers d’internautes auxquels je me suis toujours fait un devoir de répondre, on doit compter sur les doigts d’une main ceux qui ont fait l’expérience de ma discourtoisie – sachant, de plus, que je n’ai aucun souvenir d’avoir pris l’initiative dans ce registre : lorsque j’envoie quelqu’un sur les roses – sinon aux chiottes –, c’est qu’il l’a bien cherché…

[25] J’avais repris cette citation directement du beau livre de V. Cheynet, Décroissance ou décadence (Le Pas de côté, 2014 : p. 50.), en signalant, dès la mise en ligne du présent article, que je n’étais pas parvenu a en retrouver l’origine. Très rapidement, un aimable et érudit internaute m’a orienté vers la Lettre de la geôle de Birmingham, écrite par King en avril 1963, et reprise dans le recueil Je fais un rêve, publié aux éditions Bayard (avril 2008). L’original fait apparaître que la "citation" reprise par Cheynet a, en fait, concaténé des éléments plus dispersés, mais sans en altérer l’essentiel.

"J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » (...) En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non-violente de désobéissance civique. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour, là où elle peut être observée et traitée (...) Aussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoir quelle sorte d’extrémistes nous voulons être. Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ?"

Le passage complet est disponible à cette adresse. Merci encore mille fois à l’internaute qui me l’a transmise.

[26] Lors de l’affaire H1N1, où j’étais assez souvent invité à la télé, je crois avoir été le seul expert à invoquer explicitement mon incompétence pour refuser de répondre à certaines questions. J’ai un vif souvenir d’une émission où j’avais demandé à Calvi de retransmettre à Manuguerra une question de virologie qu’il m’avait initialement posée, alors que dans la suite, le même Manuguerra (vétérinaire de son état) n’a pas craint, lui, de se positionner péremptoirement sur des questions de pharmacovigilance auxquelles il ne connaissait manifestement rien...

[27] Cf. à ce sujet, sur Amazon ou sur Wikipédia, la liste impressionnante des livres publiés par S. Simon.

[28] C’est un indicateur problématique d’audace intellectuelle que d’imputer à l’obscurité d’un message sa propre impuissance à en saisir la teneur… L’an dernier, on a vu des lycéens au QI sidéral et à la syntaxe incertaine dénoncer Victor Hugo comme irrécupérable bouffon (« truc de fou ») au motif qu’à l’occasion de cet examen atrocement sélectif que l’on appelle encore « baccalauréat », ils étaient tombés sur le poème Crépuscule, pourtant peu ésotérique mais qui avait regrettablement dépassé les modestes capacités de leur neurone (Le Nouvel Observateur, 18/06/2014.).

[29] « La justice ne s’arrête pas, et les victimes doivent le savoir » (Le Monde, 17/04/2014).

[30] Notamment sur le rôle de Béclère dans le scandale des fenfluramines.

[31] À l’usage des gens comme le Dr MG qui n’ont encore rien compris, on reviendra bientôt – avec le recul du temps passé – sur le discours de Frachon, accessoirement sur celui de ses supporters…

[32] « Pas crédible sur un point, crédible sur rien » (traduction libre).

[33] Michéa JC. L’empire du moindre mal. Essai sur la civilisation libérale. Flammarion, Champs essais ; 2010 : 175.

[34] Si l’on se rappelle bien, j’ai toujours interprété le pseudo-scandale Médiator comme une manipulation visant à retrouver la confiance des gens après l’immense scandale H1N1 : il est difficile de déterminer si Frachon a accepté son rôle par perversité ou par simple bêtise, mais il est clair que c’est avec délectation qu’elle s’y est prêtée.

[35] Je n’ai aucun moyen de vérifier cette impression fondée sur une longue expérience, mais je ne serais pas étonné que le taux de mammographies (ou des procédures aussi débiles, comme l’échographie mammaire) soit plus élevé chez les anti-vaccinalistes que dans la population générale…

[36] JC. Michéa, op. cit., p. 172.

[37] M. Schneider. Big Mother. Odile Jabob, 2005 : p. 211.

[38] Exactement l’inverse de la rhétorique Frachon, qui semble considérer comme un intolérable scandale que SES dénonciations ne débouchent pas automatiquement sur des sanctions. L’histoire culturelle a connu - et connaît encore - des sociétés où une dénonciation plus ou moins hystérique suffit pour justifier un lynchage : comparativement, les pesanteurs de la justice humaine ont quand même du bon - du moins pour qui réfléchit un peu plus loin que le bout de son nez (même si, en France, ces pesanteurs servent de plus en plus à reculer pour ne pas sauter)...

[39] Mais où était Even (accessoirement, où étaient les "lanceurs d’alerte", où étaient les "associations") quand, dès 2004, je m’exposais dangereusement en soutenant, contre toute attente médiatique ou judiciaire, que "l’affaire Bayer" n’était qu’une petite partie du scandale énorme lié aux statines (cf. PJ) ?...

[40] J’entends d’ici : "comment ce type (je, en l’espèce) oserait parler d’un livre qu’il n’a pas lu ?". Comme souvent quand on n’a d’autre argument que le gros bon sens, celui-ci illustre surtout un manque de méthode chez ceux qui l’invoquent : compte tenu de l’inflation des publications et du temps qu’on y perdrait, c’est une compétence intellectuelle essentielle de savoir détecter ce qui ne mérite pas d’être lu (et l’on voit bien, a contrario, que le système fait tout ce qu’il peut pour éroder cette compétence et inciter les gens à papillonner). Comme je l’ai souvent soutenu : « on n’a pas besoin de manger un œuf jusqu’au bout pour voir qu’il est pourri ».

[41] Comme illustré par le présent article et par bien d’autres que j’ai consacrés à l’AIMSIB, les supporters de Michel préfèrent l’insulte à l’argumentation…

[42] Sachant, de toute façon, que le statut réglementaire des vaccins est une question élémentaire de médecine légale.

[43] Pardon de m’assumer comme un vieux con qui tient encore le livre (et, plus généralement, les publications) comme la part la plus éminente de l’engagement intellectuel – ce qui est destiné à rester.

[44] L’inconscience scientifique et politique des responsables de l’AIMSIB transparaît également de l’article qu’ils ont consacré au vaccin contre le tétanos (sous la supervision technico-scientifique de Michel). Était-il bien judicieux de se lancer dans une critique (d’ailleurs scientifiquement indigente) d’un vaccin largement utilisé depuis près d’un siècle, juste au moment où les autorités, avec une révoltante conviction d’impunité, entendent utiliser les pires moyens de la contrainte judicaire pour imposer à tous les garçons le vaccin plus cher de l’histoire en prévention du cancer du col… utérin ?

[45] En quoi il s’aligne une fois encore sur la LNPLV dont les responsables, dûment alertés par mes soins sur la bévue qu’ils avaient concoctée à l’usage de Madame Hurel, n’ont éprouvé aucun besoin de rectification.

[46] Mutatis mutandis, la position consistant à ridiculiser un interlocuteur sans le moindre effort pour examiner la véracité de ce qu’il dit est le réflexe de la quasi-totalité des médecins français quand on les informe qu’une vaccination qu’ils ont administrée aurait pu être mal tolérée…

[47] Ne pas se prévaloir d’un savoir qu’on n’a pas.

[48] Le parti-pris démagogique de l’AIMSIB est facile à démasquer. Comme parfaitement illustré par les échanges reproduits dans l’article qui précède, les sympathisants de l’AIMSIB sont, sous une forme ou sous une autre, des Narcisses ravis de trouver dans les forums de l’association matière à alimenter leurs obsessions hypocondriaques et, plus encore, à assouvir leur haine forcément inapaisable à l’endroit du système qui les maintient dans un tel état de sujétion infantile : quand on a pas d’autre horizon d’attente que son « état de santé » et que le principal souci du jour, c’est le timing et la consistance de son caca (ou l’équivalent), quoi de plus délicieux que de s’adosser à un sous-ensemble de médecins complaisants qui, par leurs critiques anodines de la médecine, confortent le ressentiment de ceux qui ne se sont jamais élevés au-dessus d’une conception purement physiologique de la vie. Pour ces maniaques du thermomètre ou du tensiomètre, critiquer les médecins, c’est le paradis : mais envisager qu’on puisse s’en passer, ce serait l’enfer…

[49] Étant rapidement passé, à l’occasion de la présente rédaction, sur le site de l’AIMSIB (où je ne vais jamais sinon), j’ai pu constater qu’il rassemblait toute la Cour des Miracles de la pseudo-contestation médico-pharmaceutique animée par les Narcisses qui peuplent les forums : depuis les responsables du REVAHB acharnées à déclarer leur inépuisable flamme à l’un des principaux responsables du drame qui a justifié la naissance de leur association, aux méthodologistes intarissables sur la subtilité des statistiques mais incapables de voir que les données dont ils se gargarisent sont tellement fausses que même l’autorité sanitaire a fini par le reconnaître, sans oublier les épistémologues qui ne craignent pas de soutenir publiquement qu’avoir dormi au même endroit, mais pas au même moment, atteste une proximité intellectuelle et une reconnaissance de facto

[50] Sur la base de l’article qui précède et de quelques autres échanges du même genre, on peut craindre que, pour la plupart des membres de l’AIMSIB et de leurs sympathisants, la dénonciation de la « Girarderie nationale » ou de la « haine » supposée me tenir lieu d’inspiration soit épistémologiquement aussi recevable que la position consistant à soutenir qu’un passé de mannequin n’est pas la formation idéale pour un(e) expert(e) en vaccinologie. On évoquait voici peu « l’art perdu de la controverse »…

[51] Car à l’AIMSIB, il y a l’élite de ceux qui savent – sans qu’on sache trop à quel titre – et le troupeau de ceux qui n’ont rien de mieux à faire qu’apprendre – et humblement, s’il-vous-plaît…

[52] En compulsant mes notes, il me revient que, sur son site, Michel m’avait reproché mon refus d’adhérer à l’AIMSIB : nonobstant « la haine » qui me fait tenir debout, je n’avais pas jugé utile de revenir sur ce précédent dont la signification, qui sautait aux yeux, s’alourdit encore de ce qui s’est passé depuis. En fait, j’avais été effectivement invité à participer à la première réunion de l’association (et donc, je présume, à payer mon inscription…), sous la réserve aussi implicite que parfaitement claire que je n’y prendrais pas la parole. Or, de ma vie, je n’ai jamais manœuvré pour imposer ma parole dans quelque cadre que ce soit ; mais, outre l’éloquente censure dont témoignait cette invitation d’emblée à se taire, il fallait, là encore, une inconscience certaine pour envisager que je pusse avoir ne serait-ce qu’une minute de ma vie à perdre pour aller écouter des baudruches comme Even, des gourdes comme Frachon (je ne sais si elle est venue, mais à l’époque, elle était envisagée comme le clou du spectacle), ou des addictologues qui proclament sans rire que le meilleur critère d’efficacité pour un traitement anti-addictif, c’est que les patients ne puissent pas s’en passer… On est bien là dans une antinomie de fond, qui transcende très largement tant mon caractère notoirement « grincheux » que ma propension à « dézinguer », justifiant mes déplorations récentes sur le fait que les médecins « soient tellement nuls pour penser » – même (et surtout ?) en situation d’urgence civilisationnelle


Documents joints

Cérivastatine et statines en 2004

4 octobre 2015
Document : PDF
4.9 Mo

Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 852855

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Documents en français  Suivre la vie du site Lectures pour tous  Suivre la vie du site Expertise   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.26 + AHUNTSIC

Creative Commons License

76 visiteurs en ce moment