Site Web du Dr Marc GIRARD

Engagement et récupération.

mardi 1er janvier 2013 par Marc Girard

Des amis qui me veulent du bien (il y en a, si ! si !) se sont récemment alarmés de ragots traînant sur la Toile visant à me décrédibiliser au motif que certains de mes articles circuleraient sur des sites ou dans des revues jugés "peu recommandables" par mes détracteurs.

Peu intéressé, je l’ai souvent dit, par les question d’ego ou les querelles de personnes, je saisis néanmoins l’occasion pour faire un bref point sur les questions de fond auxquelles renvoient de tels dénigrements.

La question de l’engagement

Dans le désordre politique et moral de l’époque, il est plus facile de s’entendre sur un ennemi commun que sur des valeurs assumées coûte que coûte dans un minimum de continuité chronologique : ridiculement arc-boutés dans une "unanimité" de façade, les députés PS qui prétendent vouloir sanctionner le harcèlement sexuel et "abolir" la prostitution s’apprêtaient, sans le moindre état d’âme et voici à peine deux ans, à faire front commun derrière un champion nommé DSK dont l’engagement personnel en pareilles matières est parfaitement connu [1]. Dans le même ordre d’idées, Le Monde diplomatique de janvier 2013 (p. 27) s’amuse à comparer l’avant et l’après des positions de l’actuelle ministre de la culture concernant "les joies troubles du mécénat" d’entreprise... A l’évidence, tous ces gens-là ont bien besoin du Front National pour retrouver dans une abjection partagée le minimum de cohérence qui fait absolument défaut à la moindre de leurs idées...

Dans ma génération, je n’ai pas l’impression qu’ils soient si nombreux ceux qui peuvent regarder sereinement la continuité de leur engagement et assumer sans honte l’intégralité de leurs écrits publiés - sachant de plus que pour ce qui me concerne, au volume déjà assez consistant de cette bibliographie s’ajoute celui, au moins équivalent, des écrits que mon intransigeance et mon refus des compromissions m’ont amené à retirer du processus de publication, quoi qu’il puisse m’en coûter en terme de promotion personnelle ou de travail pour rien...

Si confier ses écrits à un éditeur ou à un journal valait pour un certificat d’honorabilité - encore plus : pour reconnaissance d’une solidarité idéologique - à l’endroit dudit éditeur ou dudit journal, je n’aurais jamais publié la moindre ligne, ni proféré le moindre propos sur quelque chaîne de radio ou de télé que ce soit... De même, je ne conditionne pas ma réponse aux demandes d’interview à mon opinion concernant les orientations de celui qui les fait. Je ne fais pas (et n’ai pas les moyens de faire) d’enquête de moralité sur les journalistes ou les éditeurs qui sollicitent mon éclairage sur tel ou tel problème relevant de ma compétence. Car surtout en période de chômage, ce n’est jamais moral de piquer le boulot des autres : en l’espèce, ce n’est pas à moi de faire de le travail du Bon Dieu en prétendant séparer les boucs des brebis...

Rapport avec les journalistes

Les séductions égocentriques de l’audio-visuel ont aggravé jusqu’à l’insupportable ce que, voici longtemps déjà, Julien Benda dénonçait comme "la trahison des clercs". La quasi totalité des intellectuels - même ceux qui pensent bien (il y en a encore) - a développé à l’endroit des journalistes une position d’un infantilisme accablant : "tous des cons, sauf quand ils parlent de MOI"...

A l’inverse et quoique ne péchant pas par excès flagornerie à l’endroit de cette profession [2], je me suis fixé une position morale exactement inverse, fondée sur l’esprit de service : ne leur demandant rien, je m’efforce néanmoins de leur répondre à chaque fois qu’ils me sollicitent - sachant que les sollicitations de ce type sont plurihebdomadaires (parfois pluriquotidiennes), à ce titre extrêmement consommatrices de temps alors que, dans la plupart des cas, il n’en ressort pas la moindre citation nominale que ce soit (la doxa médiatique simpliste laisse rarement place aux explications nuancées du bon Dr Girard). La raison de cette abnégation est très simple, et relève d’une simple cohérence intellectuelle : on ne peut pas dire "trop cons !" et les boycotter à chaque fois que pris d’un scrupule, l’un ou l’autre éprouve le besoin d’affiner son information ou de vérifier sa compréhension d’un problème qui relève de ma compétence.

A dire vrai, je préfère - et de très loin - que ces échanges avec les journalistes restent dans l’anonymat, voire l’occultation, plutôt que de me voir affublé d’une "interview" qui n’a parfois jamais eu lieu, qui m’attribue des propos de débile mental, voire des assertions strictement contradictoires avec ce que j’ai réellement dit (cela est arrivé). Même dans les cas exceptionnels où le journaliste m’envoie une version à relire et à valider, l’expérience montre que sauf à faire preuve d’une impolitesse et d’une arrogance au-dessus de mes forces et de mon savoir-vivre, la marge de correction est très limitée (dans la mesure où on doit composer avec ce que l’interviewer a sélectionné et cru comprendre, sachant que l’époque n’est pas à la nuance, ni à la subtilité - pour ne point parler de la syntaxe).

Ne méritent donc d’être considérés comme formellement imputables à Marc Girard que les articles ou interviews qui sont repris sur le présent site [3] : je décline toute responsabilité pour le reste [4].

Récupération

Je n’ai jamais caché qu’à mes yeux, la crédibilité d’un auteur passait par sa capacité à minimiser le risque de se voir récupéré au profit d’une cause fondamentalement antagoniste avec la sienne. A cet égard, l’affaire Médiator aura été l’archétype de la récupération, puisque à partir d’une affaire réelle quoique minuscule toutes choses égales par ailleurs, les trop pieux dénonciateurs du scandale [5] ont pavé la route d’une aggravation de la situation pharmaceutique dont je n’ai connu aucun équivalent en quelque trente ans d’expérience. Dès que j’en aurai le temps, je m’attacherai également à documenter l’effrayant bilan de tous les naïfs qui, sous l’impulsion d’imbéciles ou d’escrocs, croient bon de dénoncer à grands cris les méfaits présumés de l’alumimium dans les vaccins...

Mais minimiser ne veut pas dire annuler : on ne peut pas empêcher que, moyennant le cas échéant des citations tronquées (voire plus ou moins falsifiées), certains prétendent "récupérer" au profit de leurs pauvres causes des prises de position qui n’ont rien à voir - voire qui sont franchement incompatibles. En l’espèce, cela n’est pas un scoop que tous les contestataires de l’Académie - antivaccinalistes primaires, promoteurs des médecines "douces" ("alternatives", "parallèles" ou "holistiques"), complotistes de tout poil... - sont trop heureux de trouver sous ma plume une dénonciation du système qu’ils abhorrent, et qui dépasse généralement leur capacité de critique (compte tenu de leur formidable inculture scientifique et de leur méconnaissance abyssale des méthodes de la recherche clinique). Dès la fin des années 1980, j’avais été dragué par le leader français de l’homéopathie qui espérait me recruter dans sa promotion de la "mémoire de l’eau" : nul n’a la notion que ces essais de séduction aient eu le moindre succès...

Il n’est donc pas suffisant de constater que, ponctuellement, un auteur ait pu être "récupéré" : encore faut-il évaluer l’ampleur et l’impact de ladite récupération. Pour ce qui concerne mon humble personne, j’ai notamment dénoncé [6] (et j’y reviendrai dans l’avenir) à quel point la propagande des médecines "douces" faisait les avant-postes de la médicalisation qui nous asphyxie [7] ; je sais d’expérience que certains y ont enraciné une réflexion critique quant à leurs idoles et pratiques d’autrefois : j’attends, en revanche, le moindre exemple convaincant attestant que, sous MON influence, quiconque se serait converti aux médecines "douces/parallèles"...

On a fait pire en matière de récupération...

Droit d’auteur et Internet

Contrairement à nombre de mes contradicteurs, je ne dois personnellement RIEN à Internet. Dans un monde à tort ou à raison gouverné par la loi du "publier ou périr" [8], il suffit de consulter ma liste de publications pour constater que, à tout le moins honorable [9], elle subit un net infléchissement à partir des années 2000, à savoir à partir du moment où j’ai subordonné ma carrière personnelle (et donc, entre autres, mon rythme de publications "officielles") aux exigences du Bien Public, via des travaux destinés à la Justice (et donc marqués par l’exigence du secret ou de la confidentialité) ou des articles destinés de toute urgence à l’information du public [10].

En tout état de cause, quelles que soient les raisons qui peuvent conduire un auteur à adopter Internet comme support, il faut une singulière inconscience pour n’en point accepter les règles. Le système classique du droit d’auteur s’est constitué dans un ordre de contraintes considérables, qu’on peut grossièrement caractériser comme "la reconnaissance par les pairs". Or, c’est justement à ces contraintes que la plupart des bouffons d’Internet cherchent à échapper : mais dès lors qu’on est passé par ce canal pour faire parler de soi, il faut une certaine dose d’omnipotence infantile pour prétendre bénéficier du même système de protection que dans l’ancien système. Ce serait trop facile...

Même si d’autres, plus compétents que moi, ont élaboré théoriquement cette question du droit d’auteur sur la Toile, il suffit d’y réfléchir avec un minimum d’honnêteté intellectuelle pour comprendre que lorsque l’on use de ce support, on ne contrôle plus rien - ou pas grand chose [11]. Dès lors, je comprends mal au nom de quelle morale je pourrais exercer sur tel ou tel support médiatique un droit de rétention et de contrôle relativement à mes articles alors qu’à l’heure ou j’écris, n’importe qui peut les reprendre sur son propre site...

***

Au fait : bonne Année à tous...

[1] Quelques conversations passées avec des représentants PS attestent qu’il était connu même à l’époque, et qu’il ne dérangeait personne - au contraire, peut-être...

[2] M. Girard, Médicaments dangereux : à qui la faute ?, Dangles, 2011 : chap. 3.

[3] C’est-à-dire, pour les interviews, celles où le journaliste m’a envoyé une liste de questions dont j’ai intégralement rédigé les réponses.

[4] Quant à l’idée qu’il me resterait la possibilité d’une plainte pénale à l’endroit des médias qui altèreraient mes propos, je remercie les héros par procuration de faire le boulot à ma place : personne ou presque ne s’est interposé lorsque, durant des années, la justice française m’a traîné dans la boue et conduit à la ruine, et je n’ai simplement plus l’argent (j’aurais encore l’énergie...) pour prendre le risque de quelque action judiciaire que ce soit...

[5] Certains par perversité, d’autres par bêtise ou incompétence.

[6] M. Girard, op. cit., pp. 117-126.

[7] Et il me suffit de voir les revirements parfois brutaux de certains parmi mes anciens "admirateurs" pour constater que le message passe...

[8] Atténuée, il faut le dire, par le réseau des Papas et des copains de Papa...

[9] D’autant plus honorable dans un pays comme la France qu’elle émane d’un individu totalement isolé qui n’a jamais bénéficié de la moindre affiliation universitaire ou institutionnelle.

[10] Historiquement, le présent site a fonctionné en deux temps : dernier trimestre 2004, quand la publication définitive de l’étude de Hernan et coll. a achevé d’objectiver les immenses dangers de la vaccination contre l’hépatite B (et la cruelle injustice imposée aux victimes grâce à une Cour de cassation manipulée par les lobbies au service de Big Pharma), puis fin mai 2009 quand est apparue la menace d’une vaccination obligatoire contre la grippe H1N1. Les articles situés entre ces deux dates ont été mis en ligne (sinon écrits) rétrospectivement pour recréer a posteriori - à la Victor Hugo... - une continuité chronologique malgré un absolu silence de presque cinq ans.

[11] Abstraction faite d’actions judiciaires laborieuses dont j’ai justifié plus haut que je ne voulais plus m’y engager.


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