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Iznogoud et "ceux qui n’ont rien à dire..."

samedi 31 décembre 2011 par Marc Girard

C’est sans doute la première fois qu’on voit une "lettre ouverte" que son auteur a apparemment oublié d’adresser à son destinataire : il doit y avoir des ouvertures moins fermées [1]...

De toute façon et comme je m’en suis déjà expliqué, je n’ai aucun intérêt personnel pour les contributions qui me visent - s’intitulassent-elles pompeusement "A Marc Girard" : ma seule prétention est que les miennes soient assez objectives pour faire oublier leur auteur (et, le cas échéant, les personnes qu’elles sont parfois obligées de viser). Il y avait donc très peu de chances pour que je décachette cette lettre ouverte - si mes amis et bons correspondants ne s’étaient mis à plusieurs pour m’en faire part...

J’ai trop de respect ou d’amitié à leur égard pour snober leur envoi de fin d’année, et à quelque chose malheur est bon : car abstraction faite de "Marc Girard" qui n’en demande pas tant, il est une fois de plus possible d’extraire de cette lettre quelque chose d’intérêt bien plus général et qui concerne, comme par hasard, le souci qui a présidé à la création de la présente rubrique - la face obscure de la Toile, justement.

Un post-scriptum à cet article initialement posté le 27/12/11 a été ajouté en date du 31/12/11.

Moi-je versus le souci de l’Autre

Air connu : la cible [2] de cette lettre "ouverte" apparemment destinée au cercle pourtant très fermé des amis de son auteur pécherait par manque "d’humilité", par "grandiloquence" ("hors de propos", cela va sans dire), par "cruauté dans l’acharnement", par "inélégance", par "lourdeur" dans la moquerie - j’en passe et des meilleures. Bref et pour tout dire, elle aurait rien de moins que cherché à se "dédouaner du vrai respect" - et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il ne faut pas hésiter à lui dire qu’elle "sent mauvais" (je cite toujours...)

Or, quand on prétend donner publiquement des leçons de "vrai respect" (je ne parle même pas d’élégance...), on commence - surtout avant de dire à son interlocuteur qu’il pue - par donner des gages de sa propre attention à l’Autre.

  • On commence donc par se renseigner - comme je m’étais moi-même appliqué à le faire avec notre expert ès missions d’expertises - et on ne colle pas à son interlocuteur une spécialité ("pharmacologie") qu’il n’a jamais revendiquée pour la bonne raison qu’elle n’est simplement pas la sienne et qu’elle n’a strictement rien à voir [3].
  • On le lit, en évitant de lui faire publiquement grief ce qu’il n’a pas écrit : par exemple qu’une "utilisation correcte de la syntaxe" serait un gage de respect de l’Autre.
  • On évite de lui trouver des compagnons "du même bord" sans lui demander son avis sur ce compagnonnage forcé.
  • On s’abstient de l’ignoble hypocrisie consistant à lui demander l’air de rien s’il traverse une "période difficile (...) sur le plan personnel" : quand j’ai traversé une période effectivement extraordinairement difficile, je n’ai eu droit à aucune solidarité confraternelle, et les imbéciles qui se posent aujourd’hui en défenseurs de "l’expertise honnête" (alors que je prenais des coups affreux à cause de la mienne) étaient à ce moment aux abonnés absents (quand ils n’étaient pas du côté du manche). Ce n’est pas à proprement du "respect" que de revenir sur les lieux du crime costumé en Bon Samaritain...
  • A l’égard du public qu’on a osé prendre à témoin, on s’attache à un minimum d’exemplarité en matière de vérification : par exemple en évitant de soutenir que l’expert du FORMINDEP "n’a pas touché un centime" quand c’est l’intéressé lui-même qui s’est justifié en déclarant que le terme expert apparaissait bien "sur [sa] feuille de paye"...

La forme et le fond

Ce qu’il y a de curieux, dans les quelques diatribes [4] suscitées par mon article, c’est qu’elles partent toutes du même présupposé critique, à savoir que j’aurais dérapé dans la forme. Comme le dit mon censeur avec une émouvante humilité : "il est évident que c’est la forme qui ne va pas..." [5].

Or et sans prétendre me la jouer, je serais heureux d’être crédité – comme flaubertien parfaitement assumé – d’un minimum de conscientisation formelle : j’ai toujours prêté une immense attention à la forme comme au fond de ce que j’écris - et j’espère ne jamais changer sur ce point [6]. Il est donc regrettable que mes censeurs aient d’emblée exclu que la forme de mes écrits soit raisonnablement maîtrisée – et dans le sens univoque d’une extrême atténuation de ce que j’ai à dire sur le fond.

Car sur le fond, de quoi parle-t-on, au fait ? D’une crise effroyable de la civilisation, dont - du moins en Occident - nous n’avons probablement pas eu l’expérience depuis la fin de l’Empire romain [7]. D’une crise qui menace la survie même de l’humanité - ou, à tout le moins, de toutes les valeurs qui caractérisent cette humanité.

Dans cette crise où les figures du Mal se dissimulent derrière le masque de l’expertise et du faux savoir, la profession médicale [8] a une longueur d’avance [9] - et par le rôle scandaleux qu’elle joue dans la paupérisation des gens et, encore plus directement, par son rôle tragique dans les innombrables crimes de iatrogénie qui scandent le quotidien de l’époque. Je veux bien que "les chiffres et analyses" n’intéressent pas mon censeur : mais il fait comment, dans sa pratique, pour tous les gestes médicaux qui impliquent une bonne compréhension des chiffres et analyses ? Il fait comment pour tous les actes - la majorité aujourd’hui - pour lesquels il ne peut pas se fier au seul retour d’expérience ? Il s’en remet à l’industrie pharmaceutique ? A Prescrire ? Auquel cas, il a combien de sclérosés en plaques dans sa clientèle - pardon : sa patientèle ?...

Elle pèse quoi, par conséquent, ma prétendue violence verbale - mon "venin" - relativement à ces millions de gens ruinés dans leurs finances comme dans leur santé : à ces enfants dont la vie a été brisée au nom d’exigences prophylactiques colportées par ceux qui revendiquent sans honte ne s’intéresser ni aux chiffres, ni aux analyses [10] , à cette communauté de femmes dont quasiment pas une seule aujourd’hui ne peut présenter un corps indemne de la médecine (de la pilule aux hormones tous azimuts [11], en passant par les biopsies, les mammectomies, les radiothérapies, les hystérectomies, les thyroïdectomies, les épisiotomies, les biphosphonates [12]), à ces hommes dans la force de l’âge dont la vie est gâchée depuis que, "chiffres et analyses" en main - sinon en tête -, un bouffon sentencieux est venu leur expliquer qu’ils doivent désormais s’en remettre aux hypotenseurs ou aux statines, à ces nobles vieillards impitoyablement réduits à la démence pour le seul bénéfice de Big Pharma, à tous ces innocents qui tombent comme des mouches dès qu’ils entrent dans un établissement hospitalier parce que les médecins, dans leur majorité, se refusent à comprendre qu’ils ne sont pas aseptiques de droit divin [13] ?

Il n’est pas exact que dans cette guerre implacable, les ennemis de mes ennemis soient mes amis : BHL excepté, personne n’ignore que les populations - même tyrannisées - ont rarement à gagner au remplacement d’un calife par son vizir - surtout quand le vizir et ses amis ne se sentent plus à la seule idée d’avoir été estampillés par l’administration du calife...

Le retour du refoulé

Pour en revenir à la pauvre contribution qui a inspiré le présent article, force est aussi de constater que quand on prétend donner à son prochain une leçon publique d’humilité, on devrait apprendre à maîtriser les expressions trop bruyantes de son propre ego.

Ainsi, on devrait éviter de clamer "je ne comprends strictement rien à vos chiffres et analyses, et d’ailleurs cela ne m’intéresse pas", quand "les chiffres et analyses" sont au contraire la seule justification de l’article qui n’a pas eu l’heur de plaire à mon censeur. Il s’imagine quoi, le gars ? Que je n’ai pas moi aussi mes humeurs ? Qu’il ne m’arrive pas de penser que certaines personnes puent - notamment parmi celles au côté desquelles il prétend m’embarquer de force ? Que je n’ai pas mes idées sur tout et sur n’importe quoi ? Mais comme je le disais récemment encore :

  • je ne prends pas le public à témoin de tout ce qui me passe par la tête - ou ailleurs : Internet n’est pas - pardon : ne devrait pas être - le dégueuloir des nausées personnelles ou le WC des flatulences individuelles ;
  • lorsqu’il m’arrive de cibler quelqu’un, je commence par l’anonymiser - procédé certes imparfait mais qui vise à formaliser mon horreur des conflits de personnes - et plus encore, je limite mes critiques à sa contribution publique en me gardant - moi - de l’attaquer bassement "sur le plan personnel", a fortiori sur ses odeurs...

Dès lors que, de son propre aveu, "il ne comprend strictement rien" aux chiffres et analyses [14], il vient faire quoi, ce gars, dans un débat exclusivement concerné par les "chiffres et analyses" ?

Elémentaire, mon cher Watson : il vient causer de son moi-je. Sur les quelque 1660 mots de sa contribution, on dénombre 57 "je", 14 "me" et huit adjectifs possessifs à la première personne ("mon", "ma", "mes") : soit environ une intrusion de "moi-je" à chaque ligne et demi de ce pamphlet censément travaillé par le souci de l’Autre. A titre de comparaison et pour s’en tenir aux seules occurrences du "je", ma contribution vilipendée pour son égocentrisme en comportait seulement huit : ainsi et eu égard au fait que sa lettre ouverte-fermée est bien plus brève que l’article qu’elle vise, le "je-qui-sent-mauvais" apparaît 23 fois moins souvent que celui de mon censeur pourtant obsédé par le "respect" apparemment dû à l’Autre [15].

Un des correspondants susmentionnés qui a tenu à me transmettre cette "lettre ouverte" au design de boomerang m’a assuré que "la modestie est maladive" chez son auteur : j’ai la faiblesse avouée de préférer les prétentieux qui la ferment aux modestes qui la ramènent à ce point [16]...

Conclusion

Pour conclure, qu’il me soit permis d’extraire la citation qui suit de la page présentant le site de mon censeur :

(...) "il faudrait que ceux qui n’ont rien à dire se taisent, ce qui permettrait à ceux qui ont quelque chose à dire d’être mieux entendus."

Tu l’as dit, Bouffi.

"Moi-je" versus "je-moi"

J’ai posé comme prérequis éthique que les querelles de personnes me concernant ne méritaient d’être relevées que dans la mesure où il était possible d’en abstraire quelque chose d’intérêt général : celle-ci est une mine...

Bruyamment mis en cause personnellement (« A Marc Girard ») [17], je me suis attaché à montrer la portée générale de mon propos attaqué, à en en justifier la forme par une préoccupation stylistique profondément réfléchie, en illustrant mon point de vue par le parfait contre-exemple de mon censeur jaugé sur un chiffrage objectif d’indicateurs égocentriques peu contestables.

S’il tenait à entretenir la controverse, mon censeur aurait pu : 1/ contester la portée des éléments factuels cités à l’appui de ma prétention à élever le débat (par exemple : "plutôt que d’évoquer l’effondrement de l’Empire romain auquel il ne connaît manifestement rien, le gars-là aurait dû en rester aux aventures d’Astérix le Gaulois", ou quelque chose du genre) ; 2/ s’attacher à démasquer l’ego pervers qui se dissimule derrière l’impersonnalité affichée du bon Dr Girard.

Mais avec une obstination dans l’erreur qui inspire le respect à force d’entêtement, mon honorable censeur préfère nous infliger une nouvelle plâtrée de son "moi-je" et justifier l’exubérance de son ego au nom exclusif de... ses goûts personnels. Ainsi tancé pour son usage trop intensif du "je", il déclare "assumer" hautement au nom d’une inclinaison personnelle qui lui est naturelle ("Lorsque je pense quelque chose, j’utilise naturellement le pronom « je », c’est vrai. J’assume."), sans jamais s’interroger sur l’intérêt que le visiteur moyen de son site peut bien trouver au descriptif de ses manies. Et tout ça, sous un titre non moins évocateur : "Déçu"...

MOI aussi, j’étais "déçu" hier soir, au dîner, parce que mon potage préféré était trop salé, mais il ne me traverserait pas l’idée que quiconque sur Internet soit concerné par mes "déceptions" (sauf, peut-être, la personne qui a fait le potage, mais je n’ai pas besoin d’Internet pour l’injurier...)

Je forme des voeux pour que 2012 soit l’année où l’on va trouver un vaccin - ou, à tout le moins, un répulsif - pour éloigner de la Toile ceux qui n’ont rien d’autre à y montrer que leur petit nombril.

[1] Acte manqué ?...

[2] A savoir, le bon Dr Girard (NDLR)...

[3] Conformément à mon éthique de l’expertise, il existe sur mon site un CV qui vise très simplement à documenter sur des données vérifiables ma prétention à intervenir dans le débat public, ainsi que les limites de cette expertise.

[4] Pour être juste, il faut avouer qu’il n’y en a pas eu beaucoup - surtout par comparaison avec le nombre de soutiens que j’ai reçus.

[5] C’est avec des "évidences" du même genre que Prescrire a décerné sa première "Pilule d’Or" au vaccin contre l’hépatite B - sans jamais éprouver le moindre besoin de se rétracter ensuite : dis-moi qui sont tes amis...

[6] "La forme, c’est le fond" disait le grand Gustave. Hugo n’était pas loin quand il soutenait que "la forme, c’est le fond qui remonte à la surface".

[7] Je fais abstraction de la seconde guerre mondiale, qui a encore plus menacé la civilisation : mais il s’est heureusement agi de ces "crises" passagères que l’on appelle guerres. Notre crise contemporaine est malheureusement bien plus durable - et inquiétante pour l’avenir.

[8] J’emploie à dessein cette expression exagérément abstraite, pour n’avoir pas à vilipender personnellement "les médecins" - car je n’ignore pas que certains font de leur mieux pour résister : mais ils ne sont pas si nombreux, hélas.

[9] Pour des raisons historiques, sociologiques et épistémologiques qui dépassent le cadre du présent article.

[10] Pour ne point parler de tous ces cons qui leur remontrent le danger d’encéphalopathies qu’ils ne verront jamais alors qu’ils ne sont même plus capables de poser un bête diagnostic de rougeole...

[11] Incluant celles de cette autre escroquerie que l’on appelle procréation médicalement assistée.

[12] Pour ne point parler de celles qui pissent au lit la nuit à force de tousser sous antihypertenseur.

[13] Et que, Savants de droit divin également, ils n’ont pas plus à étudier l’écologie microbienne que les "chiffres et analyses" réputés ne pas intéresser les moralistes de la Toile...

[14] Dans l’hypothèse où il n’aurait pas reconnu lui-même sa stricte incompréhension du problème, on n’aurait pas eu beaucoup de peine pour s’en rendre compte à sa place. Il faut quand même n’avoir rien compris à rien pour balayer toute la discussion d’un revers de la main ("d’ailleurs cela ne m’intéresse pas") et me renvoyer à la prétendue contradiction de la position qui consiste à critiquer l’expert du FORMINDEP nonobstant mon idée "de faire avancer vraiment l’expertise honnête" : le coeur même de mon argument, c’est qu’il ne peut y avoir d’expertise honnête sans le préalable de la compétence... Par conséquent, si les questions technico-scientifiques n’intéressent pas mon censeur, c’est son droit : mais qu’il s’abstienne d’intervenir dans un débat rigoureusement centré sur ces seules questions - tant il est vrai que je n’ai même pas eu l’idée de m’interroger sur les odeurs de "l’expert" trop complaisamment promu par le FORMINDEP.

[15] A ceci près, de plus, que le je-qui-pue est majoritairement narratif, sans contenu égotiste palpable ("je ne parle pas de", "je n’ignore pas", "je veux dire"...), très différent, à ce titre, du "je" de majesté qui sature le libelle de mon censeur ("j’aime bien", "je ne suis pas toujours d’accord", "je crois que", "j’ai la désagréable impression", etc.).

[16] Sachant qu’un ego exorbitant dissimulé derrière une modestie pathologique, ce n’est pas un cas clinique trop difficile pour un freudien dont les racines plongent dans la "névrose chrétienne"...

[17] Par un gars, faut-il le préciser, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam.


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